Prévalence élevée de l’allongement de l’intervalle QTc en cas d’infection par le VIH

L’infection par le VIH est associée à un risque accru de maladie cardiovasculaire (MCV) et de mort subite d'origine cardiaque. Cette association s’explique par une accumulation de facteurs de risque cardiovasculaires qui tiennent à la maladie elle-même et à ses multiples manifestations, mais aussi aux trithérapies qui interfèrent notamment avec le métabolisme du glucose et des lipides. Certaines études ont attiré l’attention sur l’association possible entre l’infection par le VIH et des anomalies de l’électrocardiogramme de repos. Cependant, les données sont insuffisantes d’autant qu’elles émanent d’études disparates ayant inclus des participants d’ethnies diverses. Le sexe n’a pas par ailleurs été toujours pris en compte pour analyser avec précision les informations tant qualitatives quantitatives extraites de l’ECG.

Ces incertitudes sont à l’origine d’une étude qui a exploité les données provenant de 120 sites qui ont tous participé à l’essai randomisé REPRIEVE (Randomized Trial to Prevent Vascular Events in HIV). Les données ECG recueillies chez 7 720 patients atteints d’une infection par le VIH (99 % des participants ; âge médian 50 ans ; hommes : 50 %) ont été regroupées en catégories cliniques en introduisant des seuils de signification qui, pour certains paramètres, ont été définis en fonction du sexe. Le test exact de Fisher a été utilisé pour évaluer les associations entre les variables démographiques et les anomalies de l’ECG. La part de la prise en charge thérapeutique plus ou moins efficace de l’infection a été explorée au moyen d’une analyse multivariée par régression logistique avec ajustements multiples selon les facteurs de confusion potentiels.

Plus souvent encore pour les Asiatiques et lorsque la charge virale est de plus de 400 copies/ml

Trois groupes ont été constitués en fonction de l’ethnie : (1) Noirs ou Afro-américains (n = 3 346, 43 %) ; (2) Blancs (n = 2 680, 35 %) ; (3) Asiatiques (n = 1139, 15 %). Dans l’immense majorité des cas (97 %), la charge virale était < 400 copies/ml ou située au-dessous du seuil de détection. Près de la moitié des participants (44 %) présentaient au moins une anomalie ECG (44 %). L'allongement de l'intervalle QTc s’est avéré significativement plus fréquent chez les hommes que chez les femmes (9 % contre 6 %, p = 0,001) et presque deux fois plus fréquent chez les participants asiatiques (12 %) que dans les autres groupes raciaux (7 %) (p < 0,0001). En cas de charge virale > 400 copies/ml, l’allongement du QTc a été retrouvé plus d’une fois sur deux, l’OR ajusté étant en effet à 2,05 (intervalle de confiance à 95 % ; IC 95 % : 1,22-3,45).

Cette étude transversale multicentrique et multiethnique qui porte sur un effectif de plus de 7 700 patients atteints d’une infection par le VIH retrouve un allongement de l'intervalle QTc dans près de 10 % des cas chez les hommes. Ce signe est plus présent chez les Asiatiques, mais aussi en cas de charge virale élevée. D’autres études sont nécessaires pour préciser sa signification pronostique, notamment pour ce qui est du risque d’évènements cardiovasculaires à long terme.

Dr Philippe Tellier

Référence
Bloomfield GS et coll. : Prevalence and Correlates of Electrocardiographic Abnormalities in Adults With HIV: Insights From the Randomized Trial to Prevent Vascular Events in HIV (REPRIEVE). J Acquir Immune Defic Syndr., 2022; 89(3): 349-359. doi: 10.1097/QAI.0000000000002877.

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