Renonçons définitivement aux treillis biologiques dans la cure des éventrations contaminées

Certaines publications vantent encore l’effet de l’usage de prothèses biologiques, qu’elles soient réticulées ou non, lyophilisées ou non, afin de renforcer la paroi lors de la cure d’éventrations en milieu « propre-contaminé », c’est-à-dire classe II de la classification d’Altemeier (ouverture de viscère creux ou rupture minime d’asepsie), ou septique contaminé classe III (contamination du champ opératoire par du liquide intestinal, de la bile ou de l’urine infectée, ou rupture d’asepsie franche). L’argumentaire pour introduire ces treillis résorbables est la crainte que des plaques synthétiques ne s’infectent et n’entraînent une cascade d’inconvénients.

De très nombreuses études rétrospectives ont cependant démontré le taux effarant de récidives observé après mise en place de ces treillis biologiques extrêmement coûteux. Elles ont établi aussi que les résultats obtenus, pour les éventrations non récidivées étaient satisfaisants et même deux essais randomisés (F.Pizza, 2021, Rosen MJ, 2022) ont démontré la supériorité du polypropylène sur les plaques en derme porcin. Les plaques synthétiques n’ont pas été à l’origine de plus de complications septiques, au contraire ; le taux de récidives associées a été significativement réduit et les économies réalisées ont été conséquentes.

On pourrait cependant objecter à ces résultats favorables qu’il s’agissait d’études monocentriques n’impliquant que des chirurgiens rompus à la cure d’éventrations, travaillant dans un centre dédié à la reconstruction abdominale, avec une technique peut-être difficile à diffuser chez tous les opérateurs.

Il serait aussi souhaitable que le suivi soit prolongé, car on sait que des soucis infectieux peuvent encore survenir dans les deux ans qui suivent l’intervention.

Il n’en résulte pas moins que ce travail enfonce « le dernier clou dans le cercueil des prothèses biologiques », supplantées par les prothèses synthétiques dans la réparation des éventrations en milieu septique, les premières n’ayant plus aucun avantage à mettre en exergue, malgré leur coût faramineux (13 fois supérieur à celui des prothèses en polypropylène).

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Stolarski AE and Itani KMF : Nailing the coffin on biological mesh in contaminated ventral hernias. JAMA Surgery 2022; 157(4): 302. doi: 10.1001/jamasurg.2021.6903.

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Vos réactions (2)

  • Et les reco ?

    Le 08 mars 2023

    Que recommande la société savante des digestifs ?
    En cas de sepsis, le réflexe des patients est la plainte, et les experts regardent les recommandations et la déviance ou non de l'opérateur.
    Avec un tel article ces produits en effet devraient disparaître.

    Dr F Chassaing

  • Si c'est efficace...

    Le 08 mars 2023

    La messe est dite : les prothèses en polypropylène sont efficaces, pas les autres, il faut arrêter d'en produire... et d'en implanter !

    Dr A Wilk

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