Enigme de la semaine : Un train peut en cacher un autre (Solution)

Chez ce quadragénaire atteint de recto-colite hémorragique (RCH) en rémission sous golimumab, hospitalisé pour douleurs abdominales fébriles, une pancréatite auto-immune (PAI) de type 2 a été suspectée. Une biopsie à l’aiguille fine guidée par échographie endoscopique (EE) a été réalisée avec trois ponctions. Il n'y avait pas de résultats anormaux dans la muqueuse gastrique. Au niveau pancréatique, un œdème généralisé du pancréas a été confirmé ainsi qu’une texture parenchymateuse grossière. Le canal pancréatique principal n'était pas dilaté. Sur le plan pathologique, une infiltration abondante d'éosinophiles a été observée dans le stroma intralobulaire œdémateux (figure 1). Les plasmocytes étaient rares, les cellules IgG-positives étaient rares et les plasmocytes IgG4-positifs n'ont pas été trouvés. Aucune infiltration de neutrophiles ou de lésion épithéliale granulocytaires propres à la PAI de type 2 n'ont été observées.

Figure 1 :


Sur la base de ces résultats, une pancréatite à éosinophiles a été diagnostiquée. Le patient a été traité avec 30 mg de corticostéroïdes, ce qui a amélioré ses symptômes et les résultats du scanner. La dose de corticostéroïdes a été progressivement réduite. Il a poursuivi le traitement par golimumab, sans récidive de pancréatite ou de RCH pendant 2 ans.

Les manifestations extra-digestives de la RCH

Les complications de la RCH comprennent l'arthrite, les manifestation cutanées et respiratoires. Une pancréatite auto-immune de type 2 est également possible. Des anomalies éosinophiliques ont été également, mais rarement, décrites. Des études antérieures ont signalé que l'œsophagite à éosinophiles et la myocardite pouvaient être des complications de la RCH. La pancréatite à éosinophiles (PE) est extrêmement rare parmi les maladies à éosinophiles, elle a fait auparavant l’objet d'un seul rapport de cas en tant que complication de la RCH. La PE se caractérise par une infiltration d'éosinophiles dans le parenchyme pancréatique. Elle est souvent difficile à distinguer du cancer du pancréas et est généralement diagnostiquée après une intervention chirurgicale.

La pancréatite à éosinophiles, une pancréatite inflammatoire

Le terme de pancréatite inflammatoire regroupe les pancréatites auto-immunes (de type 1 à IgG4 ou de type 2 associée dans 20 à 30 % des cas à une maladie inflammatoire chronique de l’intestin), la pancréatite à éosinophiles (PE), la pancréatite associée à l’infection à VIH et les atteintes liées à la radiothérapie. La PE est une maladie rare qui prend souvent la forme d'une pancréatite chronique mais peut également se présenter sous la forme de pancréatite aiguë. Dans la PE, les éosinophiles infiltrent le tissu pancréatique, ce qui, très souvent, augmente les éosinophiles dans le sang périphérique. Dans le cas présent, les éosinophiles représentaient 25,4 % des leucocytes. L'implication de la gastro-entérite à éosinophiles et des maladies allergiques a été suggérée comme causes potentielles de PE. De plus, les IgE sériques sont fréquemment élevées dans la PE.

Une masse pancréatique évoquant un cancer se forme dans de nombreux cas de PE, et le diagnostic est généralement confirmé par un examen anatomopathologique après chirurgie. Dans la présente observation, il y avait un œdème pancréatique diffus similaire à la PAI et aucune formation tumorale n'a été observée. La biopsie à l’aiguille fine guidée par EE systématique pourrait permettre le limiter les explorations invasives excessives.

L’hypothèse médicamenteuse

Il existe plusieurs rapports de cas rapportés d'hyperéosinophilie chez des patients utilisant des médicaments anti-facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α). Ici, le patient recevait du golimumab, un anti-TNF-α, et a développé une PE environ 10 mois après l’initiation du traitement. Cependant, il s’est amélioré sans arrêter le golimumab et la poursuite de l'agent anti-TNF-α n'a eu aucun effet sur le pancréas. Ainsi, le rôle de l'anti-TNF-α dans le développement de la PE n'est pas clair. De plus, aucune étude n'a rapporté l'implication d’un anti-TNF-α dans le développement d’une PE. Fait intéressant, un cas de pancréatite d'origine médicamenteuse avec éosinophilie a été rapporté chez un patient traité par vedolizumab, anticorps monoclonal de type IgG1.

Dr Isabelle Méresse

Référence
Toyoda K, Katayama Y, Kobori I, et al. A case of eosinophilic pancreatitis in a patient with ulcerative colitis. Oxf Med Case Reports. 2023 Feb 27;2023(2):omac157. doi: 10.1093/omcr/omac157.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article