Etat des lieux sur la consommation d’opiacés par les opérés après leur sortie

La douleur est devenue l’objet d’une considération prioritaire de la part des soignants. Les opiacés représentent la 1ère arme contre elle dans la panoplie des médecins, mais leur surconsommation a été telle que le nombre de décès par surdosage d’opiacés a quadruplé aux États-Unis en 10 ans.
 
Ces opiacés sur-prescrits sont surconsommés et des opérés qui étaient supposés les prendre pendant quelques jours restent « accros » à 1 an. En attendant que des directives en encadrent la prescription, les auteurs canadiens se livrent à l’état des lieux. Ils ont compulsé la littérature médicale jusqu’en décembre 2016 pour faire le point sur la prescription d’opiacés chez les opérés après leur sortie. L’hétérogénéité des pratiques (doses, durées, produits) a contre-indiqué toute méta-analyse.

Sur 2 602 publications couvrant la période 2009-2015, avec un recul moyen d’un an, un filtrage sévère en a retenu onze, regroupant 3 562 opérés auxquels des opiacés ont été prescrits après leur sortie. Sept de ces publications se réfèrent à des malades opérés en ambulatoire et 4 à des interventions classiques, intéressant plusieurs domaines (orthopédie, extractions dentaires, chirurgie pédiatrique, urologique, abdominale etc.). L’évaluation de la douleur n’a été systématique que dans 3 études avec un indice de satisfaction entre 86 et 100 %. En revanche, tous les articles mentionnent le nombre de comprimés consommés par les opérés, et deux évaluent les doses en équivalents-morphine.

La consommation d’opiacés varie beaucoup avec le type d’intervention : inférieure à 15 comprimés pour les interventions abdominales, elle varie de 9 à 22 pour les interventions orthopédiques (celles touchant l’os réclamant des doses plus fortes que celles intéressant les tissus mous), le nadir étant atteint par les interventions dermatologiques (< 5 comprimés) et le zénith par les interventions pédiatriques (55 en moyenne avec de grosses variations individuelles). Le taux des médicaments effectivement ingérés par rapport aux médicaments prescrits est très variable ; il est bas après chirurgie cervico-faciale ou coelioscopique, plus élevé après chirurgie urologique ou orthopédique.

Quant à l’attitude vis-à-vis des comprimés non utilisés, elle varie selon l’information fournie au malade, de la conservation (avec risque d’usage inapproprié) à la mise au rebut en passant par la mise à disposition des pharmaciens. L’éducation des opérés doit permettre la récupération de ces opiacés.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Feinberg AE et coll. : Opioid use after discharge in postoperative patients. A systematic review. Annals of Surgery 2018 ; 267 (6) : 1056-1062.

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