Hépatite C chronique traitée et risque de CHC : faut-il surveiller à vie ?

L'éradication du VHC par les antiviraux à action directe n'élimine pas pour autant le risque de survenue d'un carcinome hépatocellulaire. Quels sont les facteurs de risque et le délai de survenue? La réponse dans cette étude dont les résultats plaident pour une surveillance à vie des patients en réponse virale soutenue …

On sait aujourd'hui que l'éradication du VHC ne met pas complètement à l'abri du risque de survenue d'un carcinome hépatocellulaire (CHC). Les questions qui se posent sont de savoir dans quel délai peut apparaître ce carcinome et quels sont les facteurs favorisants. L'étude a comparé des patients qui avaient présenté une réponse virale soutenue à la suite d’un traitement par antiviraux à action directe et n'ont pas développé de CHC à des patients qui ont développé un CHC.

4 facteurs associés à la survenue d'un CHC

Les 22 patients qui ont développé un carcinome sont plus âgés au moment de la réponse virale soutenue (59 ans versus 52,1 ans, p = 0,032), avec une incidence plus élevée de diabète (27 % versus 8 %, p = 0,013) et ont plus souvent des fibroses en stade 3 et une cirrhose (77 % versus 38 %, p = 0,0009). De plus, le taux d'alpha-fœtoprotéine avant traitement antiviral est notablement plus élevé (109,9 ng/mL versus 78,6 ng/mL) et ces patients ont aussi plus souvent des anticorps anti-HBc positifs (65 % versus 29 %, p = 0,006). En ce qui concerne le délai de survenue du CHC, 8 / 22 patients ont développé un carcinome hépatocellulaire entre 4 et 10 ans après l'obtention de la réponse virale soutenue, alors que 7 autres patients (32 %) ne vont développer ce cancer que 10 ans après la RVS. Le délai le plus long observé entre la RVS et l'apparition d'un carcinome hépatocellulaire est de 18,7 ans. En analyse multivariée, les facteurs indépendants associés à la survenue d'un CHC sont des anticorps anti-HBc positifs (Hazard Ratio HR = 5,57, p = 0,012), l'âge au moment de la RVS (HR = 1,08), le taux d'alpha-fœtoprotéine avant traitement (HR = 1,01) et l'ethnie (patients hispaniques versus caucasiens, HR = 12,9). On note aussi que le risque de carcinome est significativement moins important pour un VHC de génotype 2 (HR = 0,2) comparé aux patients avec un génotype 1 et à ceux qui ont des taux d'albumine élevés avant traitement.

Toujours un risque plus de 18 ans après…

Pour les auteurs, le risque de carcinome existe toujours chez ces patients qui ont obtenu une réponse virale soutenue. Il peut persister jusqu'à 18 ans après l'éradication du virus. Il paraît dès lors justifié de surveiller de façon permanente ces patients en tenant compte des facteurs de risque mentionnés.

Dr Claude Biéva

Références
Tong MJ et coll. : Late Development of Hepatocellular Carcinoma After Viral Clearance in Chronic Hepatitis C Patients: A Need for Continual Surveillance. J Dig Dis. 2018 ; publication avancée en ligne le 11 juin. doi: 10.1111/1751-2980.12615.

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