Noyades accidentelles de l'adulte, à tout âge et même à un âge avancé

La noyade accidentelle (NA) est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les personnes de moins de 25 ans. Les données épidémiologiques de l'enquête NOYADES 2021 (1) recensent 1 480 épisodes survenus entre le 1er juin et le 30 septembre 2021. Le fait nouveau en 2021 a été que ce sont les 65 ans et plus qui ont été la classe d'âge la plus concernée (26 %) par les NA devant les moins de 6 ans (23 %) alors que c'était l'inverse en 2018 : 28 % (moins de 6 ans) contre 23 % (65 ans et plus).

 F. Reizine et coll. (2) présentent dans le dernier numéro de l’European Respiratory Journal les résultats d'une étude multicentrique rétrospective décrivant les caractéristiques de l'insuffisance respiratoire aiguë (IRA) causée par une NA de l'adulte. L’étude regroupe les cas hospitalisés dans 14 services de réanimation situés surtout sur la côte atlantique. Les auteurs présentent les données démographiques et l’évolution en réanimation de 152 malades admis pour une IRA causée par une NA, excluant de l'analyse 118 malades intubés avant l'arrivée à l'hôpital.

La médiane d'âge (écart interquartile [EI]) était 69 (60 – 76) ans, et 2/3 sont des hommes. Les facteurs de survenue de la NA étaient : accident (59 %), défaillance cardiaque (22 %), tentative de suicide (9 %), prise de drogue ou d'alcool (6 %), cause neurologique (épilepsie notamment, 4 %). La NA est survenue surtout en eau salée (82 %). 

Promouvoir OHD et VNI pour éviter l’intubation

Après l’admission, les techniques suivantes d’amélioration de l'hématose ont été utilisées : oxygénothérapie standard (OS, 47 %), ventilation non invasive (VNI, 41 %) et oxygénothérapie à haut débit (OHD, 12 %). La médiane (EI) de durée de séjour en réanimation a été de 3 (1 – 3) jours. Le rapport PaO2/FIO2 était 134 (104 - 190) mmHg à l’admission. Un seul malade est décédé, dans le groupe traité par VNI. L’OS a été appliquée à des sujets plus jeunes que ceux recevant l'OHD et la VNI (regroupées) : 70 (66 - 78) contre 72 (66 - 77, p = 0,001). Le groupe recevant l’OS était finalement plus souvent intubé que les autres groupes : 31 % contre 5,3 % (OHD) et 11 % (VNI, p = 0,004). En cas de NA en eau salée la VNI était plus souvent utilisée qu'en cas de NA en eau douce : 47 % contre 11 % (p = 0,03). L'intubation avec ventilation mécanique était sans surprise d’autant plus souvent réalisée que les troubles de l'hématose étaient graves. 

L’analyse multivariée des facteurs de survenue de la NA a identifié qu’une intoxication (alcool ou drogue) ou une tentative de suicide était associées indépendamment à l'intubation: risques relatifs respectifs (intervalle de confiance à 95 %) : 7,41 (1,69 - 35,30) et 5,70 (1,65 - 20,40). Les auteurs concluent que malgré certaines limitations liées au caractère rétrospectif de l’étude, une stratégie thérapeutique favorisant l'utilisation de l'OHD ou de la VNI pourrait éviter le recours à l'intubation. Les données présentées recoupent assez fidèlement celles de l'enquête épidémiologique nationale (1) : prédominance masculine, survenue possible à tout âge même très avancé et risque de la consommation associée de drogue ou d'alcool.

Dr Bertrand Herer

Références
(1) Ung A, et coll. : Surveillance épidémiologique des noyades. Résultats de l'enquête NOYADES 2021. Saint-Maurice : Santé publique France, 2022. 50 p. Disponible à partir de l’URL : www.santepubliquefrance.fr
(2) Reizine F et al. Respiratory management of drowning associated acute respiratory failure: A multicenter retrospective cohort study. Eur Respir J. 2023 Jan 20:2201269. doi: 10.1183/13993003.01269-2022. PMID: 36669776.

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Vos réactions (1)

  • 65 ans...

    Le 09 mars 2023

    À penser que la retraite est le début des grandes vacances et que l'on va enfin tout pouvoir faire on accède vite au repos éternel.

    Dr P Castaing

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