Anti TNF et acné, des effets bidirectionnels

Les inhibiteurs du TNF alpha sont utilisés dans le traitement de nombreuses maladies inflammatoires, parfois même en dehors de l’AMM pour pallier le manque d’efficacité des autres traitements plus conventionnels. Ainsi en est-il notamment pour l’acné rebelle aux autres traitements et en particulier l’acné accompagnant divers syndromes inflammatoires (SAPHO, PASH-pyoderma gangrenosum, acné et hidradenite suppurée- etc…)

Les anti TNF exposent à de nombreux effets secondaires potentiels. La survenue d’une acné ne fait pas classiquement partie de ceux-ci mais une association entre acné et anti TNF a été rapportée, la plupart du temps dans des cas cliniques et des séries. Une revue de la littérature systématique s’imposait donc.

Une recherche a été entreprise dans PubMed et Web of science parmi les articles enregistrées depuis la création jusque Octobre 2022 afin d’identifier les études mentionnant une relation entre prise d’anti TNF et acné.

Paradoxe : un traitement et un effet secondaire

Au total ont été retrouvés 53 études mentionnant les cas de 63 patients qui avaient soit reçu des anti TNF alpha pour le traitement de leur acné (n = 47) ou chez lesquels une acné était apparue après la prise d’anti TNF pour différentes pathologies (n = 17). La moyenne d’âge était de 28,7 ans (12 à 64) et il n’y avait que 6 femmes. Les trois anti TNF utilisés étaient l’adalimumab, l’étanercept ou encore l’infliximab.

Parmi les 47 patients traités par anti TNF pour leur acné les deux tiers (n = 31 ; 66 %) avaient reçu auparavant des antibiotiques ou de l’isotrétinoïne (n = 32). C’étaient plus souvent ceux dont l’acné était isolée (n = 17) et ne s’inscrivait pas dans le cadre d’un syndrome auto-inflammatoire. Sous anti TNF la plupart (n = 44) ont bénéficié d’une amélioration ou d’une disparition (40 %) de leur acné. Seuls trois ont souffert d’effets secondaires.

Parmi les patients qui ont été victimes de la survenue d’une acné alors qu’ils étaient traités par anti TNF pour une autre pathologie (majoritairement une maladie de Crohn puis un psoriasis ou des rhumatismes inflammatoires), un seul avait des antécédents d’acné. Ces malades étaient généralement un peu plus âgés que dans le groupe précédent. Les anti TNF ont été arrêtés ou leur posologie a été modifiée (diminution de la fréquence des injections) ce qui a habituellement conduit à une amélioration et une disparition de l’acné. Un patient a pu reprendre un autre anti TNF que celui qu’il recevait initialement sans que l’acné récidive.

Cette revue systématique permet de souligner l’intérêt des anti TNF alpha dans le traitement de l’acné rebelle, y compris dans le contexte de syndromes auto-inflammatoires, avec 40 % des patients bénéficiant d’un blanchiment de leur acné et plus de 90 % éprouvant une amélioration, durable même après l’arrêt du traitement.

D’un autre côté il apparaît que les anti TNF peuvent provoquer l’apparition d’une acné, incitant à l’arrêt du traitement. Même si cet effet est probablement rare, il serait intéressant d’en identifier les facteurs de risque et les mécanismes. Il faut mentionner que des effets inflammatoires paradoxaux ont déjà été rapportés avec les anti TNF.

Il conviendrait également de préciser la place des anti TNF alpha dans la prise en charge des acnés graves.

Dr Marie-Line Barbet

Référence
Sandoval AG et coll. : Role of Tumor Necrosis Factor-α Inhibitors in the Treatment and Occurrence of Acne: A Systematic Review JAMA Dermatol., 2023 ; publication avancée en ligne le 17 mars.. 2023 Mar 17;e230269. doi: 10.1001/jamadermatol.2023.0269.

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Vos réactions (1)

  • L'époque des rayons X

    Le 18 avril 2023

    Faire disparaître le symptôme local à n'importe quel prix a des conséquences incontournables: remplacer une lésion cutanée bénigne par des conséquences à long terme beaucoup plus préoccupantes.
    La plupart des cas de RCH ou de Crohn que j'ai vus dans ma carrières avaient souffert d'une acné traitée par isotrétinoïne une dizaine d'années auparavant et bien sûr le lien entre les deux n'avait jamais été fait: ce n'est pas dans les canons de la médecine officielle de considérer le patient dans sa globalité et les gastro-entérologues ne s'intéressent pas à la dermatologie.
    Je me souviens d'une époque pas si lointaine où l'acné était traitée par les rayons X. Avec les anti-TNF, nous n'en sommes pas loin.

    Dr J-J Perret

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