Cancer avec une PR : pas de surrisque immunitaire avec les inhibiteurs de checkpoint

Traiter les patients atteints conjointement de polyarthrite rhumatoïde (PR) et de cancer par des inhibiteurs de checkpoint ne majore ni le risque d’effets indésirables, ni de mortalité, ni de poussée articulaire, selon une étude publiée dans le Lancet Rheumatology (1).

Pourquoi Kaitlin McCarter et coll. (Boston, Etats-Unis) se sont intéressés au lien entre traitement du cancer par thérapie ciblée (inhibiteurs de checkpoint) et polyarthrite rhumatoïde ? Parce qu'en 2011, une étude taiwanaise (2) menée sur 24 000 personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde a montré que le risque de cancers (935 au total après un suivi de 5 ans) était majoré, en particulier dans la première année suivant le diagnostic de la maladie rhumatologique. Certains cancers étaient plus représentés, les hémopathies et les cancers du rein. Du fait de l'arrivée de traitements anti-cancéreux ciblés de nouvelle génération, il était important d'apprécier les risques de mortalité ou d'effets indésirables dans cette population de patients. 

Une étude de cohorte rétrospective comparative

Les auteurs ont, dans un premier temps, sélectionné des patients ayant débuté un traitement par inhibiteurs de checkpoint entre 2011 et 2021 (11 901) dont 101 répondaient aussi aux critères ACR-EULAR 2010 pour la polyarthrite rhumatoïde. Ils ont ensuite apparié 87 de ces patients avec trois comparateurs (203 au total) atteints de polyarthrite non rhumatoïde et ils se sont intéressés à la date d'apparition des premiers évènements indésirables ou du décès. 

L'âge médian des patients sélectionnés était de 71,2 ans (IQR 63,2-77,1). 178 (61 %) des 290 participants étaient des femmes, 112 (39 %) des hommes et 268 (92 %) des participants étaient caucasiens. Parmi les inhibiteurs de checkpoint utilisés, PD-1 était le plus représenté : il était en effet utilisé chez 80 [92 %] des 87 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde contre 188 [93 %] des 203 comparateurs. L'analyse a aussi pris en compte le type de cancer : le cancer du poumon était le plus fréquent (43 [49 %] contre 114 [56 %]), suivi du mélanome (21 [24 %] contre 50 [25 %]). 

Au total, 60 (69 %) patients atteints de PR contre 127 (63 %) comparateurs sont décédés (rapport de risque ajusté [HR] de 1,16 [IC 95 % 0,86-1,57] ; p=0,30) ; 53 (61 %) patients atteints de PR contre 99 (49 %) comparateurs ont présenté un effet indésirable lié au système immunitaire, tous grades confondus (HR ajusté de 1,72 [95 % CI 1,20-2,47] ; p=0,058). Deux (1 %) effets indésirables de grade 5 liés à l'immunité ont conduit au décès, dont l'un par myocardite. Ces complications ont toutes deux eu lieu dans le bras comparateur. Par ailleurs, des poussées de PR sont survenues chez 42 (48 %) patients atteints de PR, et des arthrites inflammatoires chez 14 (7 %) comparateurs (p<0,0001). Les patients atteints de PR étaient moins susceptibles de présenter une éruption cutanée ou une dermatite (cinq [6 %] contre 28 [14 %] ; p=0,048), une endocrinopathie (deux [2 %] contre 22 [11 %] ; p=0,0078), une colite ou une entérite (six [7 %] contre 28 [14 %] chez les comparateurs ; p=0,094) et une hépatite (trois [3 %] contre 19 [9 %] ; p=0,043).

Ces données se révèlent tout à fait rassurantes sur les possibilités thérapeutiques à proposer aux patients cancéreux atteints conjointement de PR. 

Cet article a d'abord été publié sur MediQuality le 02/05/2023

Dr Isabelle Catala

Références
1. Mortality and immune-related adverse events after immune checkpoint inhibitor initiation for cancer among patients with pre-existing rheumatoid arthritis: a retrospective, comparative, cohort study. McCarter K, Wolfgang T, Arabelovic S et coll. The Lancet Rheumatology 2023, doi.org/10.1016/S2665-9913(23)00064-4
2. The risk of cancer in patients with rheumatoid arthritis: a nationwide cohort study in Taiwan. Chen YJ, Chang YT, Wang CB et coll. Arthritis Rheum. 2011 Feb;63(2):352-8. doi: 10.1002/art.30134.

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