Quid des troubles gastro-intestinaux persistants du COVID-19 long

Lors d’un COVID long, une proportion non négligeable de patients présente des symptômes gastro-intestinaux persistants qui sont majoritairement des épisodes de diarrhées, des douleurs abdominales ou des nausées. A 3 mois, on peut aussi observer un syndrome de l’intestin irritable et des dyspepsies fonctionnelles. Les facteurs de risque semblent être la forme de COVID-19, modérée ou sévère, et la présence de symptômes en phase aiguë.

Le COVID-19 est une maladie multi-systémique qui affecte de façon prédominante les voies respiratoires. Mais des symptômes gastro-intestinaux (GI) tels que diarrhées, vomissements et douleurs abdominales s'observent chez 12 à 20 % des patients en phase aiguë. Dans le COVID long, une proportion significative de patients continue à se plaindre de troubles GI fonctionnels, voire même d'un syndrome de l'intestin irritable (IBS) ou de dyspepsies. Ces troubles GI sont maintenant appelés des troubles de l'interaction intestin-cerveau par la Fondation ROME et leur prévalence serait supérieure à 40 %. Les données publiées sont relativement peu importantes, d'où l'idée de cette étude prospective sur les suites GI d'un COVID-19.

La diarrhée est prédominante

L'étude a inclus entre avril 2021 et janvier 2022, 320 patients avec un COVID-19, appariés avec un premier groupe contrôle (cohorte A, n = 320) de sujets proches du malade de manière à avoir une quasi-similitude d'habitudes alimentaires et un deuxième groupe contrôle (cohorte B, n = 280) de sujets sains. Tous les participants étaient évalués par le questionnaire de ROME IV, complété 1, 3 et 6 mois après l'inclusion. Les caractéristiques démographiques des participants sont globalement les mêmes dans les 3 groupes, avec un âge moyen de 38 ans et 51 % d'hommes dans le groupe COVID-19. Sur base de critères cliniques, l'infection a été considérée comme légère (74,3 %), modérée (22,1 %) ou sévère (3,4 %). En phase aiguë, 15,6 % des patients se plaignent de troubles GI. Le symptôme prédominant est la diarrhée (7,2 %), suivi par les douleurs abdominales (5 %) et les nausées/vomissements (3,4 %).



Des symptômes persistants à 6 mois selon la sévérité

A 1 mois, 36/320 patients (11,3 %) développent des symptômes FGID-like (Functional GastroIntestinal Disorders) ou DGBI (Disorders of Gut-Brain Interaction). A 3 mois, 8,4 % ont toujours des symptômes et 9 patients s'améliorent. Le questionnaire identifie un IBS chez 2,5 % des patients, des diarrhées fonctionnelles (2,2 %), des dyspepsies fonctionnelles (1,9 %), une constipation (0,9 %), un recouvrement dyspepsie fonctionnelle-IBS (0,6 %) et des distensions abdominales/ballonnements (0,3 %). A 6 mois, 6,6 % ont toujours des symptômes et 6 patients supplémentaires s'améliorent. Dans les cohortes A et B, aucun sujet ne développe de FGID à 3 mois et 6 mois de suivi (p < 0,01).

Quels sont les facteurs de risque prédictifs ? Un COVID-19 modéré à sévère est associé au développement de FGID (p < 0,01). La présence de symptômes GI durant l'infection COVID-19 et à 1 mois est aussi un facteur de risque prédictif (p < 0,01). A 3 mois et 6 mois, 44,4 % et 33,3 % des patients avec un FGID avaient présenté des symptômes GI durant la phase aiguë de COVID-19.



Renforcer le suivi en post COVID-19

Ces données montrent que les patients qui ont souffert d’un COVID-19 modéré à sévère ont un surrisque de FGID. La présence de symptômes en phase aiguë est un facteur de risque prédictif. On note principalement un IBS à prédominance diarrhéique. Son diagnostic repose sur la présence d’au moins 2 des 4 critères suivants : fièvre, diarrhée, vomissements, culture de selles positive. Une étude multicentrique a montré que respectivement 5,3 % et 2,1 % parmi 280 patients avec un COVID-19 ont développé un IBS et des dyspepsies qui n'ont pas été documentées.

Pourquoi ces symptômes GI ? L'explication tiendrait dans la présence de récepteurs du SARS-CoV-2 sur les cellules du tractus GI. Cette persistance de symptômes GI sur le long terme et les altérations sous-jacentes du microbiome doivent inciter à renforcer le suivi de ces patients en post-COVID-19, en espérant que ce soit possible. Une autre étude vient de conclure à un quasi doublement du risque de troubles GI de tout genre y compris les plus sévères (pancréatites, ulcères, reflux gastro-œsophagien) en raison du coronavirus. Ce qui pose la question de savoir si la spécialité est prête à gérer cet afflux de patients…

Cet article a d'abord été publié sur MediQuality le 13/03/2023


Dr Claude Biéva

Référence
Golla R, et al. Long-term Gastrointestinal Sequelae Following COVID-19: A Prospective Follow-up Cohort Study. Clin Gastroenterol Hepatol. 2023 Mar;21(3):789-796.e1. doi: 10.1016/j.cgh.2022.10.015.

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