Un procédé innovant de conservation des greffons hépatiques, un nouvel espoir pour les patients

Dans le cadre d'une première mondiale, qui pourrait révolutionner la conservation des greffons et qui a donné lieu à une publication dans la revue Nature Biotechnology (1), l'Académie nationale de Chirurgie a invité le Pr. Henri BISMUTH, précurseur et expert international reconnu dans le domaine de la chirurgie hépato-biliaire, à présenter les innovations des experts internationaux présents à la session du jour. Notamment, une avancée majeure, porteuse d’espoir pour les patients, pourrait permettre de conserver des organes pendant plusieurs jours avant la transplantation.

Conserver les greffons plus longtemps

Actuellement en France, environ 1 500 transplantations hépatiques sont effectuées chaque année. Malheureusement, les donneurs manquent et les chirurgiens hépatiques ont dû faire preuve d’imagination et développer nombre d’innovations techniques afin d’étendre les possibilités de greffe. Les fonctions hépatiques, qui ne se résument pas à l’épuration, ne sont pas entièrement connues et il n’existe pas à l’heure actuelle de « foie artificiel ». Si des techniques de suppléance hépatique ont été développées pour pallier à une insuffisance hépatique aiguë, elles ne peuvent être utilisées que temporairement, pendant quelques jours, dans l’attente d’un greffon.

Plusieurs années de travaux expérimentaux ont permis à une équipe Zurichoise de développer une machine qui permettrait de conserver les greffons plus longtemps et ainsi atténuer la pénurie d’organes. Actuellement, la situation la plus fréquente est le prélèvement hépatique sur donneur cadavérique. La durée minimale entre le prélèvement et la transplantation est de 4 à 5h si toutes les conditions sont réunies, y compris un donneur et un receveur dans la même salle d’opération, ce qui est en réalité rare. La conservation de l’organe prélevé se fait par le froid : dès le prélèvement, le greffon est refroidi à +4°C, le temps d’ischémie (jusqu’à la transplantation) ne doit pas dépasser 12 heures ce qui nécessite une logistique d’exception lourde et coûteuse (transport du greffon par avion spécial, escorte de gendarmes, intervention chirurgicale en pleine nuit…).

Optimiser les possibilités de greffe

La machine qui a été développée mime le corps humain, elle permet de conserver le greffon hépatique pendant plusieurs jours, jusqu’à 8 jours pour un foie de porc. Les greffons sont conservés en normothermie et la composition du liquide de perfusion se rapproche de celle du sang.

En 2021, la transplantation sur l’homme d’un foie conservé 3 jours dans cette machine a été réalisée. Cette conservation plus longue a permis d’effectuer une greffe qui n’aurait pas eu lieu si les critères habituels avaient été appliqués. En effet, une tumeur avait été découverte sur ce greffon hépatique. Le retour des résultats de l’examen histologique aurait été plus long que la durée habituelle de conservation. De plus, le donneur présentait un sepsis. Ainsi ce foie avait été refusé par les centres de transplantation. Pendant les 3 jours de conservation, le greffon a pu être traité par antibiotiques et les résultats histologiques ont conclu à une tumeur bénigne. La greffe a finalement pu avoir lieu et, en mai 2022 (date de la publication des résultats), à 1 an le patient était en bonne santé

De multiples avantages et la promesse de plus de patients greffés

La possibilité de prolonger le temps de conservation des greffons est très prometteuse. Elle permettrait d’augmenter le « pool » des greffons et également de les améliorer. Actuellement environ 20 % des greffons sont refusés par les équipes y compris à cause d’une souffrance hépatique pendant un séjour en réanimation. Le temps de conservation allongé pourrait permettre de traiter ces greffons afin de les améliorer et les rendre utilisables.

Cette conservation prolongée permettra également d’apparier au mieux le greffon et le receveur, en particulier en fonction de la corpulence. Du fait de l’amélioration du greffon, on pourra plus facilement scinder en deux le foie et choisir 2 receveurs sur la liste d’attente. De plus, on peut se placer dans une situation normale de chirurgie et non pas dans l’urgence, et ainsi effectuer les derniers examens et permettre une meilleure organisation des équipes.

On pourrait imaginer un centre référence en France qui récupérerait, conserverait et améliorerait les greffons avec cette machine, et les distribuerait dans les centres du territoire. En préparant le greffon, en le conservant mieux, on diminue également le risque de rejet de greffe.

Dr Isabelle Méresse

Référence
(1) Clavien PA, et coll. Transplantation of a human liver following 3 days of ex situ normothermic preservation. Nat Biotechnol. 2022 Nov;40(11):1610-1616. doi: 10.1038/s41587-022-01354-7.

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