Une douleur du genou chez l’enfant est rarement l’indice d’une maladie rhumatismale

Les douleurs musculo-squelettiques (DMS) ne sont pas rares en pédiatrie avec une prévalence aux alentours de 30 % à 14 ans. Parmi celles-ci, les douleurs des membres inférieurs, en particulier du genou, habituellement non traumatiques peuvent révéler une grande variété de pathologies différentes de simples « douleurs de croissance » aux maladies inflammatoires et aux affections malignes. Les douleurs sont décrites de type inflammatoire lorsque qu’elles s’accentuent au repos et s’atténuent avec l’activité ; elles sont qualifiées de mécaniques dans le cas contraire. L’arthrite idiopathique juvénile (AIJ) est considérée comme la plus commune des maladies inflammatoires chroniques avec DMS.

Des pédiatres rhumatologues de l’hôpital de la Charité à Berlin ont revu les dossiers des patients âgés de moins de 18 ans adressés de 2012 à 2019 par leur médecin traitant pour une douleur du genou. Tous avaient bénéficié d’un examen par écho-doppler de l’articulation à la recherche d’une hyperplasie synoviale, d’un épanchement, d’anomalies de la vascularisation.

Au total, 262 enfants ont été examinés. Parmi eux, 32 (12,2 %) souffraient d’une AIJ selon les critères Internationaux (International League of Associations for Rheumatology) : début avant 16 ans, durée depuis au moins 6 semaines, exclusion des autres pathologies connues. Un second groupe hétérogène réunissait 46 patients (17,6 %) avec une atteinte inflammatoire : arthrite infectieuse (n = 18), Lyme (n = 4), déficit sélectif en immunoglobuline (3), psoriasis (3) et bien d’autres avec 13 diagnostics différents. Dans un troisième groupe figuraient 57 patients avec une douleur articulaire non inflammatoire, reçus par un rhumatologue et après interprétation des examens complémentaires adressés à un orthopédiste. Le dernier groupe rassemblait 127 sujets avec un examen et des examens complémentaires normaux.

Boiterie, œdème et limitation des mouvements doivent faire craindre une arthrite

Il n’existait pas de différence quant à la répartition des genres entre les 4 groupes mais les enfants souffrant d’AIJ étaient en médiane plus jeunes : 5,1 ans vs plus de 10 ans dans les 3 autres groupes (p < 0,001). L’existence d‘une boiterie, d’un gonflement articulaire, une limitation des mouvements actifs et passifs étaient nettement plus fréquents au cours des AIJ que dans le cadre des autres groupes : plus de deux tiers des cas contre moins de 30 % (p < 0,001).

L’analyse à variables multiples a montré qu’une histoire familiale de maladie auto-immune et de douleurs dans les autres articulations étaient associées à une douleur inflammatoire. L’augmentation de la douleur après activité physique, la localisation uniquement dans le genou et l’absence de boiterie étaient en faveur d’une douleur non inflammatoire. Les facteurs de risque d’AIJ étaient une boiterie et une VS ≥ 10. En faveur du groupe 4 (examen normal) figuraient l’augmentation de la douleur après exercice, une CRP < 5mg/L et une échographie normale

En conclusion, la majorité des enfants adressés en rhumatologie pour douleur du genou ne souffre pas d’arthrite. Une douleur isolée conduit rarement à un diagnostic d’arthrite juvénile.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Gorczyca D et coll.: Knee pain as a reason for referral to a paediatric rheumatologist: a retrospective study. J Pediatr Child Health 2023; 59: 439-444. doi: 10.1111/jpc.16309.

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