Du nouveau dans le traitement du syndrome de Gilles de la Tourette

Le syndrome de Gilles de la Tourette [SGT] est un trouble neuro-développemental qui débute le plus souvent entre 4 et 10 ans et qui se manifeste par des tics moteurs et vocaux. Sa physiopathologie implique les boucles cortico-striato-thalamo-corticales. Son traitement n’est pharmacologique qu’en seconde ligne. Les médicaments les plus utilisés sont alors les antipsychotiques (neuroleptiques) qui bloquent les récepteurs D2 de la dopamine mais entraînent de nombreux effets indésirables. Un antagoniste sélectif des récepteurs D1 de la dopamine, l’écopipam, actif per os, pourrait constituer une alternative aux neuroleptiques.

Un essai de phase 2B « écopipam versus placébo », financé par le laboratoire, a été mené pendant 12 semaines sur 153 patients de 6 à < 18 ans (âge moyen : 12,6 ans) ayant un score total de tics du Yale Global Tic Severity Score [YGTSS] > 20 à l’état basal (score moyen : 35 / 50).

Les patients ont été recrutés en Amérique du Nord et en Europe, et randomisés en deux groupes : 76 devaient recevoir de l’écopipam à une dose d’environ 2 mg/kg/jour (64 ont terminé l’essai), et 77 un placébo (71 ont terminé l’essai).

Les résultats sont analysés en intention de traiter.

Significativement moins de tics sous écopipam

Le traitement par écopipam réduit significativement les tics. Par rapport aux scores de base, le score total de tics de l’YGTSS à 12 sem. - le critère principal de jugement - a diminué en moyenne d’environ 10 points dans le groupe traité contre 6 points dans le groupe placébo, ce qui fait une différence des moyennes des moindres carrés de -3,44 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : - 6,09 à – 0,79 ; p = 0,01). Dans le groupe traité la diminution est nette dès 4 sem., et à 12 sem. elle équivaut à 30 % du score de base.

Par ailleurs, l’impression d’amélioration ressentie par les patients et celle estimée par les personnes qui prennent soin des patients sont plus importantes dans le groupe écopipam que dans le groupe placébo. En revanche, à 12 sem. la qualité de vie des patients traités n’est pas meilleure qu’à l’état basal ou que dans le groupe placébo.

Il n’y a pas eu de décès ni d’effets graves imputables au traitement par écopipam.

Comparativement au placébo, les patients traités par écopipam ont présenté plus fréquemment des céphalées (15,8 % vs 9,1 %), de l’insomnie (13,1 % vs 2,6 %), de la fatigue (7,9 % vs 0 %), une somnolence (7,9 % vs 2,6 %). En revanche, ils ont pris moins de poids en 12 sem. (en moyenne + 1,8 kg vs 2,4 kg dans le groupe placébo). Ils n’ont pas de troubles biologiques en faveur d’un syndrome métabolique (glycémie, HbA1c, cholestérol total, triglycérides), pas d’allongement de QT sur l’ECG, pas de dyskinésies.

Le traitement par écopipam n’a pas eu d’impact sur des comorbidités souvent associées au SGT, telles que le trouble déficit de l’attention / hyperactivité, les troubles obsessionnels compulsifs, la dépression.

Au total, l’essai suggère que l’écopipam pourrait constituer un traitement de seconde ligne du SGT efficace et mieux toléré que les neuroleptiques. Cependant, il s’agit d’un essai de phase 2B avec un comparateur « inactif », un nombre de sujets trop petit pour détecter des effets indésirables rares, une durée trop brève pour apprécier la persistance de l’effet et la sécurité d’emploi au-delà de 12 sem. (une étude d’extension est en cours). Il se peut que les résultats ne soient pas extrapolables à l’adulte. En conclusion cet essai ouvre la porte à un essai thérapeutique de phase 3.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Gilbert DL et coll. : Ecopipam for Tourette syndrome : a randomized trial. Pediatrics 2023 ; 152(2) : e2022059574. Doi : 10 1542/peds.2022-05974

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