La SEP, plus évolutive en cas d’allergie alimentaire associée ?

Les lésions démyélinisantes caractéristiques de la sclérose en plaques (SEP) ont été identifiées dès 1860, mais ce n’est qu’en 1868 que le Pr Charcot en donne une idée précise et attribue à la maladie son nom actuel. En l’espace d’un siècle et demi, la pathogénie de cette dernière est restée à bien des égards mystérieuse. La SEP est par essence multifactorielle et résulte d’interactions entre gènes et environnement. Plus d’une cinquantaine de gènes sont impliqués de loin ou de près dans sa survenue, la majorité d’entre eux jouant un rôle dans le système immunitaire. La SEP résulterait d’une immunisation périphérique contre certains antigènes cérébraux ou médullaires, mais il se pourrait aussi que son primum movens se situe dans le système nerveux central lui-même. Des facteurs périphériques contribueraient à son déclenchement selon des mécanismes qui restent à établir et à préciser. Parmi ceux-ci, figurent les allergies dont le rôle a été soupçonné, mais jamais démontré.

L’étude dite CLIMB (Comprehensive Longitudinal Investigation of Multiple Sclerosis at the Brigham and Women's Hospital) study permet d’envisager une association significative entre allergies alimentaires et évolutivité de la maladie. Au sein de la cohorte globale, ont été sélectionnés 1 349 patients des deux sexes atteints d’une SEP connue. Dans tous les cas, ces derniers ont rempli un autoquestionnaire qui a permis d’évaluer les antécédents d’allergies et de les classer en trois groupes : (1) environnementales ; (2) alimentaires ; (3) médicamenteuses. Un quatrième groupe de patients était caractérisé par l’absence d’allergies connues (AAC). L’évolutivité de la maladie a été définie par deux types de critères : (1) cliniques : nombre de poussées évolutives, échelle EDSS (expanded disability status scale) et score MSSS (multiple sclerosis severity score) ; (2) radiologique (IRM): présence et nombre de lésions de la substance blanche prenant le gadolinium.

Davantage de poussées et de lésions de la substance blanche en IRM

La comparaison intergroupe a révélé des différences significatives. Ainsi, dans le groupe allergies alimentaires, comparativement au groupe AAC, la fréquence cumulée des poussées évolutives s’est avérée plus élevée (x 1,38 ; p = 0,0062) et cette différence n’a pas été affectée dans le cadre d’une analyse multivariée avec ajustements multiples : en effet, le ratio des taux de rechutes a été ainsi estimé à 1,27 (p = 0,0305). Il en a été de même pour la fréquence des lésions de la substance blanche prenant le gadolinium, l’odds ratio (OR) correspondant étant estimé à 2,53 (p = 0,0096, allergies alimentaires versus AAC). En revanche, aucune association de ce type n’a été mise en évidence en cas d’ allergies environnementales ou médicamenteuses. Le handicap et la sévérité de la maladie n’étaient pas affectés par les antécédents d’allergie, quel que soit le groupe envisagé.

Cette étude transversale n’autorise que des hypothèses. En l’occurrence, celle d’une association entre allergie alimentaire et évolutivité de la SEP en termes de rechutes cliniques et de probabilité de lésions actives en IRM. Des études prospectives sont nécessaires pour confirmer cette association et préciser éventuellement ses mécanismes biologiques. Il s’agit d’une piste intéressante, susceptible de déboucher sur des stratégies thérapeutiques et préventives nouvelles, ce qui justifie pleinement d’autres études.

Dr Philippe Tellier

Référence
Fakih R et coll. : Food allergies are associated with increased disease activity in multiple sclerosis. J Neurol Neurosurg Psychiatry, 2018 ; publication avancée en ligne le 18 décembre. doi: 10.1136/jnnp-2018-319301.

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