Risque de glaucome primitif à angle ouvert : garder un œil sur l’albuminurie ?

Le glaucome primitif à angle ouvert (GPAO) est généralement imputable à une augmentation de la pression intraoculaire, encore qu’une fois sur trois, celle-ci reste dans l’intervalle de normalité. Sa pathogénie fait intervenir des facteurs locaux qui retentissent sur les structures oculaires et finalement sur le nerf optique menacé à long terme d’atrophie. Cependant, des facteurs de risque cardiovasculaire peuvent favoriser sa survenue ou son aggravation qu’il s’agisse de l’hypertension artérielle ou encore du diabète, même si leur implication n’est pas parfaitement démontrée. Le rôle du rein dans la pathogénie de cette neuropathie optique dégénérative n’est pas exclu, ne serait-ce que par le biais de l’HTA qui complique souvent l’insuffisance rénale chronique, mais une association entre albuminurie et GPAO n’avait jamais été établie.

C’est maintenant chose faite dans le cadre d’une étude transversale chinoise, la SCES (Singapore Chinese Eye study) dans laquelle ont été inclus 3 009 adultes, âgés de 40 à 80 ans, soit un capital de 5 963 yeux. Le diagnostic de GPAO a été posé chez 52 participants (75 yeux) selon les critères de la classification de l’International Society of Geographic and Epidemiological Ophthalmology. L’albuminurie a été dosée de manière systématique et exprimée sous la forme d’un rapport albumine/créatinine urinaire (ACU) en mg/g. L’association entre cette variable et le GPAO a été explorée au moyen d’une analyse multivariée par régression logistique dans le cadre d’une approche cas-témoins.

Risque de GPAO 8 fois plus élevé en cas de macroalbuminurie

Les valeurs élevées du rapport ACU ont de fait été significativement associées au GPAO, indépendamment des autres variables : pour chaque augmentation de 50 mg/g, le risque de GPAO, en fait l’odds ratio (OR) a été estimé à 1,04 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% 1,01 à 1,07, p = 0,003). Ce résultat a été obtenu après ajustement sur l’âge, le genre, la pression intraoculaire, l’existence d’ un diabète, d’une dyslipidémie, d’une hypertension artérielle, de traitements antihypertenseurs, d’antécédent de maladie cardiovasculaire, de tabagisme actif, de consommation d’alcool, l’indice de masse corporelle et le débit de filtration glomérulaire estimé.

Une macroalbuminurie a été associé à un risque de GPAO huit fois plus élevé que chez les témoins sans albuminurie (IC 95% 2,97 à 21,54, p < 0,001). En revanche, aucune association significative n’a été trouvée avec une microalbuminurie (OR = 0,49, IC 95% 0,19 à 1,29, p = 0,150). Les relations impliquant la macroalbuminurie sont restées significatives en cas de diabète (OR = 9,89, IC 95% 2,49 à 39,30, p = 0,001) ou encore d’hypertension artérielle (OR = 8,39, IC 95% 3,07 à 22,94, p<0,001).

Ainsi selon cette étude transversale du type cas-témoins, il y aurait une association significative entre albuminurie et risque de GPAO, indépendamment des facteurs de confusion potentiels. Des résultats à confirmer avant d’échafauder des hypothèses pathogéniques et d’élaborer des stratégies de dépistage.

Dr Philippe Tellier

Référence
Zhi Wei Lim et coll. : Albuminuria and Primary Open-Angle Glaucoma: the Singapore Chinese Eye Study (SCES). Br J Ophthalmol. 2021 ; 105(5):669-673. doi: 10.1136/bjophthalmol-2020-315920.

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