Covid-19, on ne voit plus les troubles du goût et de l’odorat de la même façon…

Avant la pandémie de Covid-19, les praticiens avaient tendance à considérer les troubles de l’odorat et du goût comme peu graves en comparaison de ceux de la vue ou de l’ouïe. La pandémie a révélé leur importance majeure, avec une incidence sur la qualité de vie, les relations sociales, la santé mentale et générale.

Entre 40 % et 50 % des personnes touchées par la Covid-19 présentent en effet des troubles de l’odorat et du goût, parfois isolés, qui se sont révélés de puissants facteurs prédictifs de l’infection par le SARS-CoV-2.

Une équipe internationale vient de publier les résultats d’une méta-analyse, réalisée avec l’objectif de préciser l’évolution de ces troubles et d’identifier les facteurs associés au pronostic. Au total 18 études incluant 3 699 patients ont été incluses dans l’analyse.

Dans ces études, 74 % des patients déclarent avoir retrouvé leur odorat après 1 mois, 90 % après 3 mois et 96 % à 6 mois. Pour le goût, la guérison concerne 79 % des patients à 1 mois, 90 % à 3 mois et 98 % à 6 mois.

Environ 5 % des patients développeraient un trouble persistant du goût ou de l’odorat, mais ce chiffre pourrait être sous-estimé. Les facteurs associés à une moins bonne récupération sont le genre (les troubles sont plus persistants chez les femmes), pour les deux fonctions, alors que la sévérité initiale et la congestion nasale sont associés à une moins bonne guérison de l’odorat.

Un suivi personnalisé et prolongé

Compte tenu des conséquences possibles à long terme, il est nécessaire d’identifier les patients atteints de ces troubles afin de leur faire bénéficier de traitements personnalisés et d’un suivi prolongé des possibles séquelles. Les médecins généralistes et les ORL sont les professionnels les plus impliqués par ce suivi au long cours. 

Le SARS-CoV-2 infecte les cellules de soutien de l’épithélium olfactif qui exprime l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2. Ceci conduit à une « déciliation » des neurones olfactifs, qui ne répondent plus à la stimulation olfactive. La vitesse de régénération des cellules de soutien et des neurones est variable et influencée par le degré d’inflammation, ce qui pourrait expliquer les guérisons retardées.

Pour le goût, la liaison du SARS-CoV-2 aux récepteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 dans les glandes salivaires pourrait ralentir le flux salivaire, entraînant un trouble du goût et une diminution de la sensibilité des papilles gustatives. Ces hypothèses devront être confirmées par d’autres travaux.

Dr Roseline Péluchon

Références
Kye Jyn Tan B. et coll. : Prognosis and persistence of smell and taste dysfunction in patients with covid-19: meta-analysis with parametric cure modelling of recovery curves
BMJ2022;378:e069503. doi.org/10.1136/BMJ-2021-069503

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Vos réactions (1)

  • Climat omicron et sous variants

    Le 02 août 2022

    Ce qui était noté jusqu'en climat Delta devenu "historique" ne reste pas forcement exact en climat Omicron puis sous variants en cours.

    L'anosmie - agueusie clinique et les lésions cérébrales en imagerie (IRM*) en sont une autre illustration , à la baisse:

    *Douaud G et coll . SARS-CoV-2 is associated with changes in brain structure in UK Biobank . Nature. 2022 Apr;604(7907):697-707. doi: 10.1038/s41586-022-04569-5

    Dr JP Bonnet

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