Les repas partagés : un défi après un cancer de la tête et du cou

Les personnes atteintes d’un cancer de la tête et du cou présentent très souvent des difficultés à s’alimenter, du fait de douleurs, de xérostomie, de mucite et du manque d’appétit. Après le traitement, 90 % des patients présenteraient des difficultés pour boire et manger. Les études ont montré que les repas partagés avec d’autres constituent alors des épreuves.

Une équipe du Royaume-Uni vient de publier les résultats d’une enquête menée sous forme d’interviews semi-structurés. Quatorze patients atteints de cancer de la bouche parlent de leurs expériences lors de repas pris en commun. Les patients avaient terminé leur traitement depuis 1 à 5 ans et avaient été traités initialement par la chirurgie. Les interviews font ressortir deux thèmes essentiels.

Le premier est que pour les personnes interrogées, les repas pris en groupe ne sont plus naturels, mais sont devenus un phénomène « conscient ». Cette prise de conscience porte sur les aliments eux-mêmes et sur le regard des autres. Sur les aliments eux-mêmes, les participants disent leurs difficultés à regarder les autres manger des plats qu’il leur est désormais impossible de consommer, peut-être définitivement.

Ils parlent aussi de l’embarras que peut constituer le choix d’un menu au restaurant. Ils redoutent le regard des autres et notamment des enfants, sur leur façon de manger et leurs maladresses.

Ces difficultés incitent les patients à développer des stratégies lors des repas en société. C’est le deuxième thème essentiel développé dans ces entretiens. L’une de ces stratégies est d’essayer de ne pas attirer l’attention, en commandant des plats peu attractifs, ou des plats faciles à manger, en évitant les repas en face à face, ou encore en évitant totalement les repas en groupe.

L’autre stratégie mise en place par certains est de « s’entrainer », de tester les aliments pour voir ce qu’il est facile de manger en groupe et de procéder par petites étapes. Les participants notent l’importance et l’efficacité du soutien du conjoint et des autres membres de la famille, des amis ou des différents thérapeutes impliqués (orthophoniste, chirurgien, diététicien).

Cette étude souligne un besoin évident d’améliorer les connaissances sur les aspects psychosociaux des repas en société après un traitement pour cancer de la tête et du cou, et la nécessité d’une prise en charge globale explorant les besoins des patients.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Dornan M et coll. : Experiences and perceptions of social eating for patients living with and beyond head and neck cancer: a qualitative study. Support Care Cancer. 2022 May;30(5):4129-4137.

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