Parodontite et grossesse : les bains de bouche à la chlorhexidine bénéficieraient…au nouveau-né !

Des études observationnelles ont révélé qu’une périodontite maternelle était associée à un risque accru d’événements pathologiques à la naissance. Une revue Cochrane avait noté, sous traitement parodontal versus l’absence de traitement, l’absence de différence concernant l’accouchement prématuré et une légère diminution de l’incidence des petits poids de naissance (< 2 500 g) mais avec une qualité de preuve faible.

Il faut signaler que 5 des travaux retenus dans cette revue avaient comporté des bains de bouche à la chlorhexidine, en sus du détartrage et du surfaçage radiculaire, pratique associée à une réduction de la plaque dentaire et de la gingivite bénigne, à de moindres saignements gingivaux, à une raréfaction de Fusobacterium nucleatum, microorganisme associé à des parodontopathies ainsi qu’à des évolutions néonatales pathologiques. Les bains de bouche à la chlorhexidine, comme ceux au chlorure de cetylpiridine, diminuent la charge bactérienne chez des adules sains sans parodontite, et auraient pu être source d’hétérogénéité dans la revue Cochrane.

Une nouvelle revue systématique avec méta-analyse a donc été conduite, à partir des études de la revue Cochrane de 2017 en y ajoutant les études sur le sujet des banques de données informatisées jusqu’en mars 2022. Les essais contrôlés randomisés retenus avaient été menés auprès de femmes enceintes souffrant de parodontite, ayant bénéficié de soins dentaires et dont le devenir périnatal était connu. L’étude a porté sur le taux de naissances avant terme (37ème semaine) et de petits poids de naissance (< 2500 g).

Douze études ont été sélectionnées, dont 5 ayant comporté des bains de bouche à la chlorhexidine en sus du détartrage et du surfaçage ; au total 5 735 participantes, dont 2 570 avaient eu recours à des bains de bouche par chlorhexidine. Huit des 12 essais ont examiné le poids de naissance (n = 3 150) dont 3 (n = 594) après un traitement par chlorhexidine.

Des effets favorables sur le risque de prématurité et de petit poids de naissance

Un traitement parodontal n’a pas été associé à une prématurité, le RR s’établissant à 0,77 (intervalle de confiance à 95 % IC : 0,58-1,03) mais avec une hétérogénéité forte entre les essais (Q11 = 45,82 ; p<0,001). Toutefois, en analyse de sous-groupes, un risque plus faible d’accouchement prématuré a été observé en cas d’utilisation conjointe de chlorhexidine : RR = 0,56 (IC : 0,34-0,93) alors qu’il n’était pas modifié en cas de traitement sans bain de bouche antiseptique : RR = 1,03 (IC : 0,82-1,29).

Dans 8 des articles, une association a été trouvée entre un traitement parodontal et le faible poids de naissance : RR à 0,66 (IC : 0,47- 0,93) mais, là encore, au prix d’une forte hétérogénéité. En cas d’utilisation de chlorhexidine, le risque était moindre avec un RR à 0,47 (IC : 0,32- 0,68) vs 0,82 (IC : 0,62- 1,08) en cas de non utilisation.

Des biais à prendre en compte

De cette revue systématique avec méta analyse ayant inclus 5 735 femmes enceintes souffrant de parodontite, il ressort que seule la combinaison chlorhexidine–soins parodontaux est associée à un moindre risque de prématurité et de faible poids de naissance, comparativement à un groupe contrôle sans traitement parodontal ou de patientes avec traitement sans chlorhexidine.

On se doit toutefois de signaler que les articles étaient souvent de faible qualité et très hétérogènes, que des biais étaient possibles liés à une allocation imprécise, à des données incomplètes concernant l’évolution néonatale ou à un déséquilibre entre les sous-groupes de femmes gestantes. Ce travail a quelques limites, notamment, les essais ont pu être entachés d’un biais de survie, avec surestimation possible du bénéfice en cas de traitement parodontal. De plus, l’adhésion au traitement par bains de bouche n’a pas toujours été précisée. Enfin, les articles ont ciblé le plus souvent des populations défavorisées, à l’hygiène buccodentaire peu satisfaisante.

Sur le plan physiopathologique, le rôle de Fusobacterium nucleatum est à évoquer. Ce microorganisme a été associé non seulement à la présence de parodontite mais également au risque de prématurité, de fausses couches, de sepsis néonatal et de pré éclampsie. Dans les issues défavorables de grossesse, il a pu être isolé du sac amniotique, des membranes fœtales, du sang du cordon ou encore des poumons du fœtus. Les souches invasives de F nucleatum sécrètent une protéine d’adhésion qui altère la perméabilité endothéliale et favorise son passage et celui d’autres micro-organismes, vers les vaisseaux ombilicaux. Dans un essai croisé, la pratique de bains de bouche à la chlorhexidine a été associée à une plus grande prévalence de Firmicutes et de Protéobactérie, associés à une bonne santé bucco-dentaire, et à une présence moindre de Fusobacterium.

Ainsi, en cas de parodontite chez la femme enceinte, l’hypothèse d’une plus grande efficacité de l’ajout de bains de bouche avec de la chlorhexidine est ouverte, avec notamment un risque plus faible d’événements pathologiques à la naissance. Un vaste essai clinique randomisé bien conduit reste nécessaire pour confirmer ces données encore préliminaires.

Dr Pierre Margent

Référence
Merchant AT, Gupta RD, Akonde M, et coll. : Association of Chlorhexidine Use and Scaling and Root Planing With Birth Outcomes in Pregnant Individuals With Periodontitis: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Netw Open. 2022 Dec 1;5(12):e2247632. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2022.47632. PMID: 36534397.

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