Suppression surrénalienne en lien avec la corticothérapie inhalée dans l'asthme, une analyse métabolomique.

La suppression surrénalienne chez les patients asthmatiques traités par CSI pourrait représenter un problème de santé publique plus important qu'on ne le reconnaissait auparavant. C’est ce que tente de démontrer cette étude, par l’analyse des données de plus de 14 000 personnes dans quatre cohortes distinctes.

Les Corticostéroïdes Inhalés (CSI) constituent la base des soins pour les personnes souffrant d'asthme modéré à sévère et ce depuis près de 30 ans. Toutefois leur impact sur l'insuffisance surrénalienne est une préoccupation persistante. Il est impératif de comprendre parfaitement leur utilisation en particulier compte tenu des récentes modifications apportées aux directives de la Global Initiative for Asthma (GINA) qui recommandent désormais l'utilisation « au besoin » de CSI à faible dose comme option de soulagement prioritaire chez les adolescents et les adultes. 

La métabolomique, l'analyse systématique de petites molécules dans un échantillon biologique, est particulièrement adaptée à l'étude de l'asthme par la meilleure compréhension de la biologie sous-jacente qu'elle a apportée par rapport à la génétique ou aux seuls facteurs environnementaux. 

Prescrire des CSI oui ou non ? 

L'étude comprend quatre cohortes indépendantes. Ces cohortes ont été utilisées séquentiellement pour identifier les métabolites prévalents de l'asthme, valider les métabolites significatifs, évaluer l'effet des corticostéroïdes inhalés (CSI) sur les métabolites stéroïdiens et évaluer l'utilité du cortisol en tant que biomarqueur de la suppression surrénalienne chez les asthmatiques sous ICS. 

Cette étude a permis d'identifier dix-sept métabolites de stéroïdes dont les niveaux étaient considérablement réduits chez les personnes souffrant d'asthme. Les réductions les plus importantes de stéroïdes ont été observées chez les utilisateurs de CSI. Les effets de l'utilisation des CSI sur les niveaux de stéroïdes étaient dose-dépendants, cependant des réductions significatives se sont également produites avec l'utilisation des CSI à faible dose. Il a aussi été constaté une nette réduction des taux de cortisol tout au long de la période quotidienne de 24 heures chez les patients asthmatiques traités par CSI par rapport aux patients non traités et non asthmatiques. De plus, les patients asthmatiques traités avec des CSI ont montré des augmentations significatives de la fatigue et de l'anémie. L'effet de l'utilisation des CSI pourrait être encore plus extrême pour les personnes présentant une prédisposition génétique à la suppression surrénalienne induite par les corticostéroïdes. 

Au vu de ses résultats il semble évident qu'une évaluation critique de la dose de CSI prescrite est impérative, en mettant l'accent sur l'identification de la dose minimale requise pour un contrôle global des symptômes. De plus une surveillance régulière du cortisol des patients asthmatiques traités par CSI est nécessaire afin de déterminer l'équilibre optimal entre la minimisation des effets indésirables en lien avec la suppression surrénalienne tout en préservant les bénéfices du traitement par CSI.

Cet article a d'abord été publié sur MediQuality (https://www.mediquality.net/be-fr/home) le 14/10/2022

Françoise Houssa

Référence
Kachroo P, Stewart ID, Kelly RS, et al. Metabolomic profiling reveals extensive adrenal suppression due to inhaled corticosteroid therapy in asthma. Nat Med. 2022 Apr;28(4):814-822. doi: 10.1038/s41591-022-01714-5. Epub 2022 Mar 21. Erratum in: Nat Med. 2022 Aug;28(8):1723. PMID: 35314841; PMCID: PMC9350737.

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