Diététique et obésité : des repères utiles

L’augmentation rapide de la prévalence de l’obésité de l’enfant est nette depuis les années 1980 dans les pays industrialisés. Cette tendance a été exacerbée pendant la crise liée au Covid. Aux USA, l’augmentation mensuelle moyenne de l’indice de masse corporelle (IMC) a presque doublé entre mars et novembre 2020. Des stratégies diverses ont été expérimentées afin de promouvoir des modifications de comportement. Cependant, afin d’être efficaces, les objectifs diététiques doivent être conformes aux données biologiques. Deux pédiatres nutritionnistes de Boston font le point sur les connaissances biologiques et les conséquences pratiques nécessaires à la prise en charge de l’obésité de l’enfant.

Le modèle glucides-insuline de l’obésité

L’excès de masse grasse résulte d’une augmentation de l’apport énergétique qui devient supérieur à la dépense. Dans une perspective classique, la dysrégulation de l’apport énergétique, ou de la dépense, conduit à une balance positive avec excès de dépôt de graisse. Dans un modèle alternatif, le modèle glucides-insuline de l’obésité, la dysrégulation du contrôle hormonal est une réponse à une charge glycémique élevée qui aboutit à un excès de dépôt de graisse.

L’index glycémique désigne la vitesse à laquelle une portion d’aliment contenant 50 g de glucides détermine une augmentation puis une baisse de la glycémie dans les 2 heures suivantes en comparaison du glucose. Consommer un aliment avec un index glycémique élevé provoque une augmentation brusque de la glycémie suivie d’une diminution rapide ; un aliment avec un index bas provoque une augmentation et une baisse plus lente et un pic glycémique moins élevé. De ce fait, il faut non seulement baisser les apports en glucides mais choisir les aliments à index bas : végétaux sans amidon, fruits non tropicaux et légumes. Les aliments à index élevé comprennent les pommes de terre et dérivés, céréales transformées, sucreries, jus de fruits, boissons sucrées.

Les déterminants de la lipogénèse

En réponse à une élévation de la glycémie, le rapport insuline/glucagon augmente déviant l’oxydation vers le stockage. Dans le tissu adipeux, la lipogenèse augmente et la lipolyse diminue favorisant le dépôt de graisse. Après une charge glycémique élevée, la baisse de l’énergie disponible pour les tissus métaboliquement actifs stimule les régions cérébrales contrôlant la faim et l’appétit. Le fructose augmente également le dépôt de graisse par activation des enzymes de la lipogenèse indépendants des apports énergétiques. Dans cette optique, l’augmentation de l’adiposité est le phénomène déclencheur de l’hyperphagie. L’expansion du tissu adipeux dans l’enfance s’opère par augmentation du nombre des adipocytes et hypertrophie de ces cellules.

La division de ces cellules décline avec l’âge et la progression de l’obésité et l’accumulation de lipides a lieu à distance dans d’autres tissus, facteur de résistance à l’insuline, diabète de type 2 et stéatose hépatique. Les interventions diététiques diminuant la charge glycémique et les apports en fructose peuvent inverser le processus. Des facteurs génétiques influencent les effets du régime sur l’accumulation de graisse et expliquent ses effets variables.

La limitation des apports en lipides, notamment par consommation de lait écrémé, n’est pas justifiée car des essais ont montré son absence d’efficacité. En revanche, il est impératif de limiter la part des acides gras saturés au profit des polyinsaturés. Les protéines abaissent l’index glycémique des sucres ingérés de façon concomitante et entraînent plus de satiété. De ce fait, le poisson, viandes, œufs, lait, fromages sont autorisés à condition d’exclure ceux résultant de préparations industrielles.

En conclusion, pour contrebalancer les effets de la nourriture moderne, l’éducation nutritionnelle doit se baser sur des données biologiques bien définies et robustes.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Ebbeling CB, Ludwig DS. Treatment for Childhood Obesity: Using a Biological Model to Inform Dietary Targets. J Pediatr. 2023 Apr;255:22-29. doi: 10.1016/j.jpeds.2022.12.004.

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Vos réactions (2)

  • Utile, peut-être, mais compliqué...

    Le 08 mai 2023

    ...et non primordial.
    Il suffirait peut-être que les pouvoirs publics organisent une activité physique quotidienne des enfants et interdisent la vente de sodas et boissons sucrées ou édulcorées, pour mettre fin à l'épidémie d'obésité infantile ?

    Dr Pierre Rimbaud

  • Significatif publi

    Le 10 mai 2023

    Il manque à cet exposé, un versant essentiel lié aux acides gras polyinsaturés (AGPI) dont les effets varient diamétralement sur les centres hypothalamiques, activant ou inhibant l'utilisation, le stockage des AG. Et quand on prend les enquêtes INCAS, il y a du déficit en AGPI.

    Dr C Trape

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