Du lait pour atténuer la douleur

La prise en charge de la douleur chez l’enfant lors de la réalisation d’actes invasifs est une priorité pour les équipes travaillant auprès de cette population de patients. Concernant les nouveau-nés prématurés, de nombreuses études ont démontré l’intérêt de l’administration de solutions sucrées afin de minimiser la douleur engendrée par différents actes diagnostiques ou thérapeutiques. D’autres études semblent pencher en faveur de l’administration de lait maternel à visée analgésique lors de la réalisation d’actes douloureux.

Afin de tenter d’établir la supériorité d’une technique sur l’autre, une équipe taiwanaise a mené une étude randomisée prospective comparant les effets de différentes stratégies de lutte contre la douleur causée par les ponctions capillaires au talon chez les nouveau-nés prématurés.

Pour cela, 109 enfants soignés dans les unités de néonatalogie et de soins intensifs de néonatalogie d’un centre médical à Taipei ont été inclus dans cette étude. Les petits participants avaient un âge gestationnel compris entre 29 et 37 semaines et un état de santé stable.

Dans cette étude, trois stratégies d’analgésie ont été évaluées : succion et lait maternel (n = 37), succion et lait maternel associés à un positionnement de l’enfant en flexion (Tucking position*) (n = 36) et soins courants (n = 36).
Les bébés des deux premiers groupes recevaient une tétine standard en silicone et une administration de lait maternel (dont le volume était déterminé par leur âge gestationnel) deux minutes avant la ponction.

Le critère de jugement principal était un score de cotation de la douleur des nouveau-nés : le Premature Infant Pain Profile**.
 
La mesure de ce score était réalisée par une personne de l’équipe de recherche spécifiquement formée et chargée d’analyser les bandes vidéos montrant les visages des nouveau-nés 10 minutes avant, 2 minutes pendant et 10 minutes après une ponction capillaire au talon.

Tétine et lait : le combo gagnant !

L’analyse des scores de douleur montre que le risque de douleur modérée lors de la procédure de ponction est réduit de 67 % chez les enfants du groupe succion, lait maternel et position en flexion (Odds ratio [OR] : 0,330, p= 0,001) par rapport à ceux ayant reçu les soins courants. Ce pourcentage s’élève à 70,1 % pour les bébés du groupe succion + lait maternel.

Ces deux techniques se révèlent encore plus efficaces sur les douleurs plus fortes puisque le risque de douleur sévère pour les bébés du groupe succion + lait maternel par rapport au groupe soins courants diminue de 95,7 % (OR : 0,043, p < 0,001) (diminution de 87,4 % pour le groupe succion + lait maternel+ positionnement en flexion [OR : 0,126, p = 0,001]).

Ces résultats ouvrent une piste intéressante pour les équipes de néonatalogie en leur proposant une alternative a priori favorable à la solution glucosée et soulignent encore un peu plus les extraordinaires bienfaits du lait maternel. 

Maxime Sassalle

Références
Peng HF et coll. : Non nutritive sucking, oral breast milk, and facilitated tucking relieve preterm infant pain during heel-stick procedures: A prospective, randomized controlled trial. Int J Nurs Stud. 2017;77:162-170. doi: 10.1016/j.ijnurstu.2017.10.001.
* Consiste à maintenir le bébé en rapprochant ses quatre membres de son corps. L’opérateur procédant au positionnement aura préalablement réchauffé ses mains afin de communiquer au bébé une sensation de chaleur apaisante.
** Score de 0 à 21. Composé de 7 items : 3 comportementaux, 2 physiologiques et 2 contextuels.

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Vos réactions (2)

  • Tétée = douleur

    Le 01 décembre 2017

    C'est un bon début pour un refus alimentaire dont on cherchera la cause pendant longtemps. la mémoire joue des tour inattendus. Ma fille qui avait eu une circulaire avec le cordon ombilical lors de la naissance, ne supportait ni cache-nez, ni cagoule, ni col roulé. J'ai mis 2 ans avant de faire le rapprochement.

    Charlaine Durand

  • Interprétation erronée

    Le 19 décembre 2017

    L'interprétation finale de l'article me semble erronée. Ce qui est dénommé "routine care" dans l'étude originale, ici "soins courants", est décrit comme tel :

    "Before, during, and after heel stick, infants in the control condition (routine care) received only gentle touch and verbal comfort if they were crying"

    L'étude démontre les effets des différentes méthodes non médicamenteuses évoquées, notamment le lait maternel, mais en aucun cas la supériorité de ces méthodes sur les solutions glucosées.

    Charles Eury (IDE)

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