Les septicémies à entérocoques chez l’enfant se voient essentiellement à l’hôpital

Les entérocoques sont des bactéries commensales du tube digestif impliquées dans des infections diverses seules ou en co-infections. Ils constituent une espèce sous-dominante implantée dans l’intestin dès les premières heures de vie. Les Enterococcus faecalis et E. faecium sont principalement liés aux infections hospitalières en raison de leur possibilité d’émerger au cours d’une antibiothérapie ou chimiothérapie.

De fait, E faecalis est le 2ème ou 3ème agent des infections nosocomiales en pédiatrie. Les entérocoques sont responsables d’infections urinaires, de bactériémies, d’endocardites, d’infections abdominales et des cathéters. Les infections à E. faecium sont caractérisées par l’acquisition possible de facteurs génétiques de résistance aux antibiotiques. La mortalité en pédiatrie est de 5 %-10 %.

Des pédiatres infectiologues de l’hôpital Robert Debré (Paris) ont revu les observations de ces infections vues entre 2008 et 2019, identifiées à partir des résultats d’hémocultures. Les patients ont été sélectionnés s’il avaient une ou plusieurs hémocultures positives associées à des signes d’infection : fièvre, CRP ≥ 30 mg/dL, altération clinique, sans exclure les bactériémies poly-microbiennes. Les critères d’exclusion étaient la présence de contaminants (staphylocoques Gram-) ou l’absence de syndrome infectieux.

La présence d’un cathéter central est un facteur favorisant


Pendant la période considérée, 328 hémocultures ont été retrouvées positives à entérocoques chez 182 patients, 111 ont été exclues pour des raisons diverses dont des contaminations ; 217 ont été retenues prélevées lors de 74 épisodes infectieux. L’âge médian des patients était de 2,8 ans (intervalle interquartile IIQ 0-7,4 ans), 67 % étaient des garçons. Une maladie sous-jacente était présente pour 96 % (n = 71/74) des épisodes.

Cinquante-trois soit 72% des patients étaient porteurs d’un cathéter intravasculaire. Les autres contextes étaient une chirurgie abdominale (n = 24, 32%), un déficit immunitaire acquis (17, 23%) et 16 enfants (22 %) étaient des prématurés. Une fièvre était présente dans 54 cas (73 %). Le site de l’infection était le cathéter dans 30 cas (40,5 %), un site chirurgical (n = 10, 14 %), une infection urinaire (8, 11 %), une infection intra-abdominale (11 %).

Seulement 2 cas d’endocardite ont été rapportés. E faecalis a été isolé au cours de 60 épisodes (81 %) et E faecium de 18 (24 %) ; 19 épisodes étaient poly-microbiens (26 %). Une seule souche d’E faecium était résistante à la vancomycine et aucune d’E faecalis mais 19 % de celles-ci avaient un niveau de résistance élevée à la gentamycine et 63 % des E faecium à l’amoxicilline. Les infections nosocomiales (84 % des cas) étaient associées aux bactériémies les plus prolongées (> 3 jours) vs 0 % des infections communautaires.

Quatre patients sont décédés dans les 30 jours dont 3 prématurés avec une comorbidité digestive soit un taux de 5,4 %.

Ainsi, les septicémies à entérocoque sont observées principalement chez les patients hospitalisés avec une comorbidité. La présence d’un cathéter central est un facteur favorisant associé à un niveau important de résistance aux antibiotiques.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Bizot E et coll. : Pediatric enterococcal bacteremia. A 12-year retrospective study in a French pediatric center. Pediatr Infect Dis J., 2022;41:e346-e350.

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