Quand les salmonelles ne restent pas dans le tube digestif

Les Salmonelles sont des bactéries Gram – comprenant Salmonella typhi, paratyphi A, B, C, agents de la fièvre typhoïde et Salmonella non typhoïdiques (SNT), typhi murium et autres, responsables de gastro-entérites limitées dans le temps chez les patients immunocompétents. Cependant, ces SNT peuvent être invasives provoquant bactériémies, méningites, ostéomyélites et autres infections de sites habituellement stériles.

Elles sont ubiquitaires mais leur distribution est très inégale dans le monde. La drépanocytose et les déficits immunitaires sont des facteurs favorisants. La résistance aux antibiotiques de certaines souches par développement de β lactamase à spectre élargi est un problème préoccupant.

Des pédiatres de l’hôpital d’enfants de Shenzhen (Chine) ont revu les cas d’infections invasives observées de 2016 à 2020. Le diagnostic avait été posé sur l’isolement des germes dans un site normalement stérile ; les cultures positives des urines, de la peau et des abcès cutanés n’ont pas été prises en compte. Les infections nosocomiales ont été définies par leur apparition après 48 h d’hospitalisation.

Des enfants de moins de deux ans le plus souvent  


Au total, 63 isolats ont été identifiés en excluant les doublons chez les mêmes patients : 8 en 2016, 11 en 2017, 16 en 2018, 6 en 2019, 22 en 2020. L’origine des germes était l’hémoculture (n = 52 ; 82,5 %), un épanchement articulaire (6 ; 9,5 %), le LCR (2 ; 3,2 %), la moelle (2 ; 3,2 %), du pus sous-dural (1 ; 1,6 %). Sur les 40 germes sérotypés, 8 étaient des souches de la typhoïde (S typhi 4, paratyphi 4), 32 non typhoïdiques, S enteritidis 12 (19 %), typhi murium 9, 16 %) classiques ou plus rares n = 11 comme S Stanley (n=2).

Au fil des ans, le taux des salmonelloses typhoïdiques a diminué notablement et celui des SNT a augmenté.

Parmi les 63 patients, 44 (70 %) étaient des garçons ; l’âge médian était de 15 mois (11-22) ; 50 (79 %) avaient moins de 2 ans. Plus du quart des patients (n = 18, 28,6 %) avaient une comorbidité (et 5/18 une infection nosocomiale) : prématurité (4), leucémie (2), lympho-histiocytose (2) et 10 cas de pathologies variées mais pas de paludisme ni d’HIV.

La plupart de ces formes invasives avait une hémoculture positive ; les formes avec localisation étaient des ostéo-arthrites (7) et des méningites (3) mais une gastro-entérite (31 cas ; 49 %) et une pneumonie (18 cas ; 28,6 %) étaient les manifestations majeures ; les coprocultures étaient positives 21/31 fois. Les 3 méningites, dont 2 chez des enfants de moins de 6 mois, ont donné lieu à des complications neurologiques.

L’infection a été la cause d’un décès dans 3 cas. Les taux de résistance aux céphalosporines étaient notables : ceftriaxone (17,5 %), ceftazidime (17,5 %), céfépime (9,5 %).  

Ainsi, les infections invasives à Salmonelles donnent lieu à des manifestations cliniques variées et surviennent le plus souvent chez les enfants de moins de 2 ans. Elles sont liées à une grande variété de sérotypes. Les résistances aux antibiotiques ne sont pas exceptionnelles.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Jiang M et al. Invasive Salmonella infections among children in Shenzhen, China: a five-year retrospective review. Pediatr Infect Dis J., 2022;41:684-689

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Vos réactions (1)

  • Reptiles

    Le 19 septembre 2022

    Ne pas oublier de s'assurer que les enfants ont été en contact avec des reptiles (tortues comprises). Ceux-ci sont riches en salmonelles. On l'oublie.

    Dr Marie-Ange Grondin

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