De l’intérêt de dépister et traiter la dépression dans l’AMI

L’artériopathie des membres inférieurs (AMI) est une affection vasculaire répandue ayant des conséquences sur la morbi-mortalité. La prévalence du syndrome dépressif chez ces malades a été jusqu’à présent mal définie mais elle semble supérieure à celle de la population générale. De plus, le risque de mortalité serait accru chez les sujets atteints d’AMI et de dépression comparativement à leurs pairs non déprimés. Welch et coll. ont voulu vérifier l’hypothèse selon laquelle la dépression : 1- était souvent sous-diagnostiquée chez les patients présentant une AMI ; 2- pouvait avoir un impact négatif sur le pronostic. Pour ce faire, ils ont conduit 2 études.

Une enquête sur la prévalence de la dépression concomitante à l’AMI

La première étude a été menée auprès de 104 patients du Sud des Etats-Unis (âge moyen : 66,6 ± 11,3 ans ; femmes : 37 %) qui présentaient une AMI et qui ont répondu au questionnaire PHQ-9 (Patient Health Questionnaire Module 9) évaluant les symptômes dépressifs sur les 2 dernières semaines. Le score s’échelonne de 0 à 27, les scores les plus élevés correspondant aux états dépressifs les plus sévères.

Une dépression est dépistée pour un score ≥ 5. Seuls 18 % des patients ayant une AMI, disaient avoir des antécédents de dépression, alors que la prévalence d’un état dépressif était bien plus importante selon le score PHQ-9 (37 % des malades avaient un score ≥ 5). La dépression était sous-diagnostiquée dans les 2 sexes mais significativement plus chez les hommes que chez les femmes (p < 0,001). Parmi les patients qui avaient des antécédents de dépression, 74 % étaient sous traitement antidépresseur mais 57 % d’entre eux avaient toujours un score PHQ-9 élevé ce qui pouvait signifier que leur traitement était insuffisant.

Association entre dépression et mortalité suite à une revascularisation

La seconde étude a été menée chez 148 patients canadiens (âge moyen : 70,3 ± 11,0 ans ; femmes : 39 %) qui avaient une AMI et étaient programmés pour bénéficier d’une revascularisation. Ils ont répondu au questionnaire GDS-S (Geriatric Depression Scale Short Form) dans lequel un score > 5 indiquait la présence d’une dépression. Selon ce score, la prévalence de la dépression était de 28,4 % alors qu’elle n’était connue que de 3,3 % des patients, ce qui indiquait là aussi qu’elle était sous-estimée.

Les patients dépressifs avaient une mortalité dans les 6 mois suivant la procédure de revascularisation plus élevés que les malades revascularisés non dépressifs (9,5 % vs 0,9 % ; odds ratio 1,48 ; intervalle de confiance 95 % : 1,08 à 2,29). Il n’a pas été trouvé d’association entre la dépression et la durée de l’hospitalisation, l’incidence des réinterventions et des réhospitalisations.

En conclusion, chez les patients qui présentent une AMI la dépression est fréquente, sous-diagnostiquée et sous-traitée ; cela n’est pas sans importance car la dépression est associée à une multiplication par 1,5 du risque de décès dans les 6 mois suivant une procédure de revascularisation. En conséquence, il est important de la dépister et de la traiter chez les patients qui ont une AMI.

Dr Robert Haïat

Référence
Welch KG, Faria I, Browder SE, et al. Depression in Patients with Peripheral Artery Disease: An Underdiagnosis with Increased Mortality. Ann Vasc Surg. 2023 Mar 21:S0890-5096(23)00155-3. doi: 10.1016/j.avsg.2023.03.002.

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