La dysmorphophobie, complication psychiatrique rare de la dermatite atopique

Plus de 10 % des patients souffrant d'affections dermatologiques (dont la dermatite atopique) contre 2,1 % des témoins, présentent des symptômes de troubles dysmorphiques du corps (TDC) ou dysmorphophobie, selon une étude menée dans 17 pays européens et publiée dans British Journal of Dermatology.

On désigne sous le terme de dysmorphophobie une préoccupation pour un ou plusieurs défauts de l'apparence physique, inexistants ou légers, qui entraine une souffrance importante ou qui affecte le comportement. La plupart des personnes atteintes de dysmorphophobie (2 à 3 % de la population) ne sont pas conscientes d'avoir, en fait, une apparence normale ou presque normale. Elles ont généralement du mal à contrôler leurs préoccupations (se regardent continuellement dans le miroir ou à l'inverse l'évitent, se cachent et limitent les sorties), s'inquiètent des défauts qu'elles perçoivent et dont elles pensent qu'ils peuvent être sujets à moqueries. Parce que la peau est l'interface entre l'individu et le Monde, les sujets atteints de maladies dermatologique présentent un risque majoré de trouble dysmorphique du corps. 

Une étude observationnelle européenne

Christina Schut et coll. ont eu l'idée de comparer la prévalence des symptômes de dysmorphophobie de patients atteints de différentes affections dermatologiques et de témoins à la peau saine ainsi que de décrire les facteurs sociodémographiques, physiques et psychologiques associés. Leur but : préciser le profil des patients dermatologiques nécessitant un suivi psychologique rapproché pour leur éviter de tomber dans la dysmorphophobie. Cette étude observationnelle, transversale et comparative multicentrique (22 centres experts en dermatologie dans 17 pays européens) a inclus 8 295 participants : 5 487 patients consécutifs atteints de différentes dermatoses (56% de femmes 3 099) et 2 808 témoins en bonne santé cutanée (66% de femmes). Tous ont répondu à un questionnaire spécifique : le Dysmorphic Concern Questionnaire

Le taux de participation des patients en service de dermatologie s'est établi à 82,4 % (minimum 62,6 %). Les patients étaient âgés en moyenne de 48,7 et les témoins de 43,1. Le psoriasis (25,6 %) représentait l'affection la plus habituelle suivie des cancers de la peau non-mélanomes (8,9 %), de la dermatite atopique (6,4 %), de l'eczéma (4,7 %) et des infections (4,5 %). Les autres maladies de la peau qui concernaient plus de 3% des patients étaient l'acné (4,4%), les naevi (4,4%), les tumeurs bénignes (4,2%), les maladies du tissu conjonctif (4,0%) et l'urticaire (3,2%). 

Des symptômes de trouble dysmorphique du corps cliniquement pertinents ont été signalés par 10,5 % des patients contre 2,1 % des témoins (OR ajusté 5,85, IC à 95 % 4,33-7,91). Plusieurs sous-groupes de patients présentaient un risque 10 fois plus élevé de dysmorphophobie : ceux atteints d'hyperhidrose (OR ajusté 27,7, IC 95 % 11,0-69,7), d'alopécie areata (OR ajusté 13,3, IC 95 % 6,9-25,5), d'autres alopécies (OR ajusté 12,9, IC 95 % 5,9-28,3) et de vitiligo (OR ajusté 11,3, IC 95 % 4,5-28,1). 

Le risque de dysmorphophobie était multiplié par 6 en cas de dermatite atopique, de psoriasis, d'acné, d'hidradénite suppurée, de prurigo et de maladies bulleuses. En utilisant un modèle de régression logistique, les auteurs ont noté que symptômes de dysmorphophobie étaient significativement liés à un âge plus bas, au sexe féminin, à un stress psychologique plus élevé et à des sentiments de stigmatisation. C'est donc un appel à la prudence que lancent Christina Schut et coll. qui insistent sur la nécessité de détection des troubles psychologiques qui peuvent faire le lit de la dysmorphophobie. 

Cet article a d'abord été publié sur MediQuality (https://www.mediquality.net/be-fr/home) le 08/03/2023

Dr Isabelle Catala

Référence
Schut C, Dalgard FJ, Bewley A, et al ; ESDAP Study collaborators. Body dysmorphia in common skin diseases: results of an observational, cross-sectional multicentre study among dermatological outpatients in 17 European countries. Br J Dermatol. 2022 Jul;187(1):115-125. doi: 10.1111/bjd.21021.

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