Il y a bien des facteurs génétiques pour le risque d’arthrose !

L'arthrose est l’archétype des maladies chroniques incurables, qui en l’occurrence, conduit à l’arthroplastie dès lors que le traitement conservateur est dépassé et que l’articulation touchée se prête à une telle intervention. Les stratégies préventives qui concernent avant tout la hanche ou le genou, sont d’une efficacité limitée, qu’il s’agisse de la lutte contre le surpoids ou encore de l’activité physique et de la kinésithérapie. L’arthrose est par ailleurs une maladie très hétérogène avec des phénotypes multiples, tributaires de facteurs génétiques et environnementaux autant que de facteurs de risque propres à chaque articulation.

Au cours des dernières années, plusieurs études pangénomiques ont permis d’identifier des loci associés aux formes avancées de la maladie et le nombre des variants potentiellement coupables n’a fait qu’augmenter au point qu’il est désormais possible de calculer des scores de risque polygénique (SRP) capables de traduire dans une certaine mesure le risque génétique afférent.

Encore faut-il passer des études de pangénomique portant sur des patients sélectionnés à des cohortes plus représentatives de la population générale où l’arthrose est ou bien inexistante ou bien moins évoluée. Cette validation des SRP est à l’évidence le prérequis à leur utilisation clinique qui semble encore un peu lointaine.

Validation auprès de 12 000 personnes âgées


Une étape intermédiaire consiste à les valider chez des patients âgés atteints d’une arthrose évoluée dans le but d’estimer le risque d’arthroplastie. C’est là l’objectif d’une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 12 093 sujets (âge ≥70 ans) d’ascendance européenne qui participaient tous à l’essai randomisé AREET (Aspirin in Reducing Events in the Elderly).

Le critère de jugement principal a été défini par le recours à une arthroplastie totale de hanche (ATH) ou de genou (ATG), qu’elle soit réalisée pendant l’essai ou avant ce dernier. Les SRP ont été utilisés au titre de variable continue (par déviation-standard, DS) ou catégorielle (risque faible [0-20 %], intermédiaire [21-80 %], élevé [81-100 %]). Les associations entre SRP et risque d’arthroplastie ont été étudiées à l’aide d’une analyse par régression logistique multiple avec ajustements prenant en compte l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle et le statut socio-économique.

Un surrisque d’ATH ou d’ATG prédit par les valeurs des SPR


Le nombre d’ATG au sein de la cohorte s’élevait à 1 422 (11,8 %) et celui des ATH à 1 297 (10,7 %). Les SPR ont été associés à un surrisque d’ATG (soit par DS un odds ratio [OR] de 1,13 [intervalle de confiance à 95 % IC 95 %) 1,07-1,20]) et il en a été de même pour le risque d’ATH (soit par DS un OR de 1,23 [IC 95 % 1,16-1,30]).

La comparaison intercatégorielle (risque élevé versus faible) a conduit à des résultats similaires, les valeurs correspondantes des ORs étant respectivement de 1,44 [IC 95 % 1,20-1,73] pour les ATG et de 1,88 [IC 95 % 1,56-2,26] pour les ATH. Ces associations étaient plus étroites dans le cas des ATH et surtout chez les femmes. Elles se sont avérées reproductibles dans les analyses de sensibilité menées avant et pendant l’essai AREET).

Cette étude prospective semble bien confirmer le rôle des facteurs génétiques dans l’aggravation des gonarthroses et des coxarthroses sévères chez le sujet âgé (≥70 ans). Les SRP semblent à même de prédire le risque d’ATH ou d’ATG au sein de cette cohorte européenne conséquente. Est-ce le début de stratégies préventives personnalisées dans la prise en charge de ces localisations de l’arthrose ? La question se pose, mais il reste bien des étapes à franchir avant de concrétiser cette promesse.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lacaze P et coll. Genomic Risk Score for Advanced Osteoarthritis in Older Adults. Arthritis Rheumatol. 2022;74(9):1480-1487. doi: 10.1002/art.42156.

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