Le clampage de la sonde vésicale avant retrait présente-t-il encore un intérêt ?

Il est aujourd’hui admis que la réussite d’une intervention chirurgicale est conditionnée par une multitude d’éléments qui concourent à la réhabilitation précoce du patient dès son entrée en service d’hospitalisation.

Dans le cadre de la chirurgie orthopédique réglée, bien que le recours au sondage vésical tende à disparaître, la question de l’exécution pratique du retrait de la sonde vésicale persiste : doit-on retirer la sonde vésicale après une épreuve de clampage ou peut-on s’en passer ?

Une équipe de recherche grecque s’est penchée sur la question et a mené une étude afin de préciser l’intérêt éventuel de la pratique du clampage de sonde vésicale avant son retrait.

Dans cette étude prospective randomisée, les auteurs ont inclus, sur une durée d’un an, un total de 218 patients (105 hommes/113 femmes) de plus de 50 ans dont l’âge moyen était de 69,8 ans. Ces patients étaient hospitalisés dans un service d’orthopédie d’un hôpital militaire grec afin de bénéficier de la pose d’une prothèse totale de hanche (PTH) ou d’une arthroplastie du genou. Ces interventions se déroulaient sous rachianesthésie et l’analgésie postopératoire était assurée via un cathéter péridural et l’administration intraveineuse de tramadol et paracétamol.

Tous les patients étaient sondés avant l’intervention et la sonde vésicale était retirée au 2ème jour postopératoire.

Les patients âgés de moins de 50 ans, souffrant d’une vessie neurologique, d’une cystopathie diabétique, d’antécédents de rétention urinaire ou d’infection urinaire étaient exclus de l’étude.
L’analyse des données sociodémographiques ne montrait pas de différence significative entre les patients des deux bras.

Le premier groupe « clampage » était constitué de 114 patients qui ont bénéficié avant le retrait de la sonde vésicale de manœuvre de clampage de cette sonde  (soit une alternance de 3 heures de clampage et 5 minutes de déclampage) avant son retrait.

Dans le second groupe (104 patients), la sonde était retirée sans manœuvre de clampage préalable.

Mieux vaut surveiller la reprise d’une miction accomplie

Au final, les auteurs rapportent trois cas (2,6 %) de repose de sonde vésicale dans le groupe clampage et six cas (5,8 %) dans le groupe sans clampage mais la différence n’est pas significative (p = 0,316). Dix-huit patients ont présenté un prostatisme traité par alphabloquant (tamsulosine) et l’analyse statistique montre que l’existence d’un prostatisme (même traité) est un facteur prédictif de recathétérisation (p < 0,01).

Les auteurs concluent que la pratique de la rééducation vésicale par clampage n’a pas d’effet sur la nécessité d’un resondage vésical en postopératoire dans les suites d’une pose de PTH ou d’une arthroplastie de genou et préconisent donc d’abandonner cette pratique au profit d’une surveillance accrue de la reprise d’une miction effective et efficace après le retrait de la sonde.

Comme toujours, le bon sens fait force de loi et il convient de rappeler que la pose systématique de sonde vésicale pour des interventions d’orthopédie comme celles mentionnées dans l’article n’est pas une pratique recommandée.

Maxime Sassalle

Références
Markopoulos G et coll. : Bladder training prior to urinary catheter removal in total joint arthroplasty.
A randomized controlled trial. International Journal of Nursing Studies, 2019; 89 : 14–17.

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Vos réactions (1)

  • Le bon sens fait force de loi

    Le 21 janvier 2019

    Comme toujours, le bon sens fait force de loi. Comme j'aime cette maxime (si peu connue en médecine) ! C'est la meilleure phrase de l'article par ailleurs intéressant.

    J'ai pratiqué l'urologie de 1973 à 2006 et contrairement à cette doctrine en vogue l'époque, je n'ai jamais appliqué cette "habitude" car je n'en voyais pas l'utilité (j'étais un peu contestataire et surtout très sceptique). Et je n'ai jamais eu à le regretter. Cette manoeuvre inutile inventée par je ne sais quel savant ne reposait sur aucune raison logique (comme si la vessie allait tout à coup oublier ses réflexes basiques déjà présents chez le foetus !) ni sur aucune étude sérieuse. J'ai bien évidemment dû parfois replacer une sonde mais pas plus que les adeptes de cet ukase comme il y en a tant en médecine. Le bon sens faisait pour moi force de loi !

    Dr Camille Willem

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