Où la e-cigarette fait tousser les psy !

Il existe, rappelle une équipe du Canada, des « indices forts » suggérant une association entre tabagisme (classique) et troubles psychiques. Mais des liens analogues entre cigarette électronique (e-cigarette) et psychopathologie restent encore à préciser.

À cet effet, les auteurs ont réalisé une étude transversale portant sur plus de 53 000 personnes âgées de plus de 12 ans (âge moyen : 45,4 ans), en exploitant des données tirées d’une enquête épidémiologique annuelle au Canada (Canadian Community Health Survey)[1]. La prévalence globale de l’usage d’une e-cigarette durant les 30 derniers jours est de 2,9 % [2,6 %–3,1 %], et 11,5 % [intervalle de confiance à 95 % IC 10,4 %–12,7 %] des fumeurs (de cigarettes classiques) utilisent aussi les e-cigarettes.

On observe que la prévalence des troubles psychopathologiques s’avère la plus importante chez les doubles utilisateurs, c'est-à-dire les fumeurs de cigarettes classiques s’adonnant aussi au vapotage.

Davantage de problèmes de santé mentale chez les femmes qui vapotent ?

Après traitement statistique des données (régression logistique multivariée), les auteurs observent, « dans la plupart des modèles logistiques », que l’association entre l’e-cigarette et la santé mentale est influencée par l’un de ces deux facteurs : le genre ou/et le statut vis-à-vis du tabagisme ordinaire (être fumeur ou non-fumeur). Ce constat persiste après ajustement des données pour tenir compte d’autres cofacteurs, et les femmes utilisatrices de cigarettes électroniques ont tendance à avoir des risques plus élevés de problèmes de santé mentale que les hommes.

En conclusion, malgré ses limitations (notamment le fait qu’elle repose sur l’auto-évaluation des participants), cette enquête épidémiologique montre que l’usage des e-cigarettes est associé à un niveau de santé mentale moins favorable  que la population générale, « en particulier chez les femmes et chez les sujets non fumeurs » (par rapport au tabagisme classique). Mais les auteurs précisent que la nature transversale de cette étude ne leur « permet pas de clarifier la portée de cette association » observée entre l’utilisation des e-cigarettes et la psychopathologie.  

[1] https://www.statcan.gc.ca/eng/survey/household/3226

Dr Alain Cohen

Référence
Tram Pham et coll.: Electronic cigarette use and mental health: A Canadian population-based study. J Affect Disord., 2020 (260): 646–652. doi: 10.1016/j.jad.2019.09.026.

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Vos réactions (1)

  • Sans raison ?

    Le 09 janvier 2020

    On sait que la cigarette contient des anti-dépresseurs légers (IMAO) mais aussi que la nicotine est un stabilisateur d'humeur. Le rituel est un acte rassurant. Téter est une pratique qui rassure et calme les tout petits, s'il serait socialement mal perçu de sucer son pouce à l'âge adulte, la pratique n'a pour autant aucune raison de ne pas faire le même effet à un adulte qu'à un enfant.

    Je suppose également que les personnes psychiquement fragiles ont des pulsion auto-destructrices plus prononcées, un besoins de fuite patent, une réactance marquée. Tout cela fait que les messages de préventions font l'effet inverse et les incites à fumer, à vapoter, voir pire.

    Couplez le tout et vous obtenez une prévalence tabagique particulièrement élevée auprès des personnes qui en ont besoins, celles à qui vous apposez une étiquette "psychopathologie".

    C'est logique et ce sont des faits connus.

    Une fois de plus, la science enfonce des portes ouvertes, la lecture de cet article n'apporte aucune indication nouvelle, par contre elle est tordue parce qu'elle tends à inverser la cause et l'effet, genre: "mange-t-on parce qu'on a faim ou avons nous faim parce que nous mangeons ?"

    Bref, c'est la stratégie du doute, c'est de la propagande, c'est pas de la science.

    Nicolas Michel (Lausanne)

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