Angoissante pollution

En matière de santé mentale, la pollution atmosphérique est de plus en plus considérée comme un important facteur de risque environnemental, rappelle JAMA Psychiatry, mais les preuves épidémiologiques de l’association entre pollution de l’air et troubles anxio-dépressifs demeurent encore « très limitées. »

 Exploitant des informations de la banque de données UK Biobank[1] portant sur près de 400 000 participants, une étude de cohorte a évalué l’influence de l’exposition estimée à plusieurs polluants aériens sur un risque accru de dépression et d’anxiété. L’appréciation de l’incidence de la dépression et de l’anxiété (respectivement les codes F32-F33 et F40-F48) s’est appuyée sur la dixième révision de la Classification internationale des maladies (CIM-10).

Lors d’un suivi médian de 10,9 ans chez 389185 participants (âge moyen = 56,7 ans), dont 205 855 femmes (soit 52,9 %), 13 131 patients ont reçu un diagnostic de dépression et 15 835 patients un diagnostic d’anxiété. En parallèle, cette étude apprécie les concentrations moyennes annuelles de pollution atmosphérique par des particules d’un diamètre inférieur ou égal à 2,5 μm (PM2,5) ou compris entre 2,5 μm et 10 μm (PM10). 

Les taux de deux polluants de l’air (monoxyde d’azote NO et dioxyde d’azote, NO2) sont notamment évalués à l’adresse résidentielle de chaque participant à l’aide d’un modèle de régression, et l’exposition conjointe à la pollution de l’air est reflétée par un score de pollution de l’air.

Association entre exposition aux polluants atmosphériques, dépression et anxiété

Observant une association entre l’exposition conjointe à plusieurs polluants atmosphériques et un risque accru de dépression et d’anxiété, les auteurs remarquent aussi le caractère « non-linéaire » de la relation entre l’exposition (aux polluants aériens) et la réponse (clinique). Dans le quartile le plus haut du score de pollution de l’air (relativement au quartile le plus bas), les rapports de risque (intervalle de confiance à 95 % IC à 95%, p<0,001) sont de 1,16 [1,09–1,23] pour la dépression et de 1,11 [1,05–1,17] pour l’anxiété, avec des « tendances similaires » observées pour NO et NO2. Une analyse par sous-groupes montre que l’association entre les niveaux de PM2,5 et l’anxiété tend à être plus élevée chez les hommes (rapports de risque = 1,18 [1,08–1,29]) que chez les femmes (rapports de risque = 1,07 [1–1,14]).

Dans la mesure où les résultats de cette étude suggèrent ainsi « une association entre l’exposition prolongée à de faibles niveaux de multiples polluants atmosphériques et des troubles anxio-dépressifs », les auteurs estiment qu’une contribution à l’allègement du fardeau des troubles dépressifs et anxieux serait de renforcer les politiques de lutte contre la pollution atmosphérique.

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/UK_Biobank

Dr Alain Cohen

Référence
Teng Yang & coll.: Long-term exposure to multiple ambient air pollutants and association with incident depression and anxiety. JAMA Psychiatry; 2023 vol 80(04): 305–313.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article