La caféine, des bénéfices cliniques multiples

La caféine est le produit stimulant le plus largement consommé. Présente dans de nombreux aliments et boissons, elle est aussi utilisée en médecine pour ses propriétés pharmacologiques. Rapidement absorbée, la caféine diffuse dans la majorité des tissus et traverse la barrière hémato-encéphalique, la barrière placentaire et passe dans le lait maternel (1). Ses effets les plus connus concernent le système neurologique central.

La caféine et ses effets cognitifs

L’adénosine est un neuromodulateur du système nerveux central qui possède des récepteurs spécifiques dans toutes les cellules cérébrales (2). Or, la caféine a une action antagoniste des récepteurs à l’adénosine (surtout sur les sous-types A1 et A2A). Elle agit ainsi sur le fonctionnement du cerveau et nombreuses études ont montré qu’elle favorise la vigilance, l'attention, la vitesse du traitement de l'information, la réactivité, l'endurance à l'exercice physique et l'humeur (1).  D’autres résultats sont en faveur d’un rôle bénéfique de la caféine consommée au long cours pour préserver la mémoire et retarder le déclin cognitif lié à l'âge (2). La caféine pourrait aussi avoir un impact positif dans certaines pathologies neurodégénératives et elle a été associée à une diminution du risque de maladie d'Alzheimer et de maladie de Parkinson (2 page S8). En revanche, la caféine favorise l'anxiété et peut précipiter des attaques de panique (2). Les patients présentant de tels troubles sont particulièrement sensibles à de petites doses de caféine (2). La consommation chronique de caféine peut causer un syndrome de dépendance (en particulier chez les personnes tabagiques ou ayant une consommation inappropriée d’alcool). Chez les sujets dépendants à la caféine, il n’a pas été décrit de comportement de recherche compulsive du produit (1). Les abus délibérés sont rares. Cependant, certaines données suggèrent que la prévalence de la dépendance à la caféine pourrait augmenter en raison de la promotion des boissons caféinées auprès des adolescents et des cas d’intoxications ont été rapportés (nausée, vomissements, tachycardie, hypertension, agitation, vertiges) (1).

Système cardiovasculaire : la caféine disculpée ?

Chez ceux qui n'ont pas l'habitude d'en consommer, la caféine peut temporairement élever la pression artérielle (3). Mais sa nocivité cardiovasculaire est aujourd'hui battue en brèche suite aux méta-analyses récentes qui ont montré l'effet neutre (ou même bénéfique) de la consommation régulière et modérée de café (3 à 4 tasses/jour) sur la pression artérielle et l'incidence de pathologies cardiovasculaires : troubles du rythme, accident vasculaire cérébral (AVC), insuffisance cardiaque, mortalité cardiovasculaire et risque de mort subite (3, 4). Certains résultats contradictoires semblent liés à des critères méthodologiques et aux différents modes de préparation du café (3,4). Les grains de café contiennent en effet des diterpènes (dont les deux principales sont le cafestol et le kahweol) qui élèvent le LDL-cholestérol. La préparation avec un filtre en papier retient ces substances et la boisson n'en contient dès lors quasiment plus (0,2 à 0,6 mg par tasse versus 6 à 12 mg dans le café turc, le café bouilli scandinave ou le café percolé [4]). On a rapporté par ailleurs une élévation du taux plasmatique d'homocystéine avec la caféine, mais sans conséquence cardiovasculaire avérée (4). Pour rappel, une élévation du taux plasmatique d'homocystéine a été associée à un risque augmenté de maladies cardiovasculaires.  Enfin, l'épidémiologie suggère que les consommateurs réguliers de café sont moins à risque de développer un diabète de type 2, des pathologies hépatiques (stéatose, cirrhose et carcinome hépatocellulaire) et des fractures ostéoporotiques (chez les personnes âgées particulièrement) (3, 4). Il faut toutefois encourager une consommation raisonnable de caféine, en particulier chez les personnes vulnérables (arythmie, hyperthyroïdie, sujets âgés, enfants, femmes enceintes ou allaitant). De plus, la caféine augmente l'activité du CYP1A2 ce qui peut modifier le métabolisme de certaines classes médicamenteuses (clozapine, imipramine, ciprofloxacine, dihydralazine tacrolimus, rofécoxibe…) (4, 5).

Un double effet antalgique : direct et adjuvant

Des preuves de l'action antalgique intrinsèque de la caféine ont été mises en évidence lors d’études contrôlées versus placebo (1, 6). Selon une analyse Cochrane (2017), l'administration de caféine à forte dose, par voie orale (300 mg) ou intraveineuse (500 mg), procure un soulagement rapide, réduit la durée de la douleur et la nécessité de recourir à d'autres traitements chez des patients souffrant de céphalée aiguë après une ponction épidurale par exemple (1). Chez les patients âgés atteints de céphalées hypniques avec des crises de maux de tête nocturnes, il a été observé que le traitement aigu le plus efficace était la caféine sous forme de comprimés de 40 à 60 mg ou d’une tasse de café (1).

De plus, la caféine a l'avantage d’être aussi un bon adjuvant antalgique (1). Elle entre ainsi dans la composition de nombreux médicaments antalgiques. Cet effet adjuvant a été largement démontré par de nombreuses études cliniques et confirmé par des méta-analyses. Après étude de la littérature internationale (10 études retenues, 3 648 patients avec céphalée), des auteurs concluent que la caféine associée aux antalgiques procure un soulagement significativement plus élevé que ces mêmes antalgiques en monothérapie (7). Le bénéfice adjuvant de la caféine, observé dès la dose de 65 mg, a été objectivé en se basant sur différents scores de douleur (SPID, TOTPAR, PID) et sur le nombre de patients ne présentant plus de céphalée après traitement (7).

En 2014, les auteurs d'une analyse Cochrane (20 études retenues, 7 238 patients) soulignent que, en tant qu’adjuvant, la caféine (> 100 mg) permet d'augmenter le taux de répondeurs aux antalgiques de palier I (paracétamol, ibuprofène ou aspirine) (8) et ceci indépendamment de la consommation ou non d'aliments caféinés (café, thé, boissons énergisantes, chocolat, noix de cola…) (8).

Enfin, dans une revue d'essais de qualité publiés entre 1966 et 2016, les auteurs confirment le bénéfice de la caféine en adjuvant aux antalgiques délivrés en pharmacie (paracétamol, ibuprofène, aspirine) pour le traitement des céphalées aiguës sur tous les critères recherchés (délai d'apparition de l'effet antalgique, intensité et durabilité de cet effet, % de patients soulagés…) (1). La tolérance des associations caféine et antalgiques est largement favorable. Les effets indésirables les plus fréquents étaient la nervosité (6,5 %), des nausées (4,3 %), une douleur abdominale/inconfort (4,1 %) et des vertiges (3,2 %) (1). Le profil de tolérance de la caféine est désormais bien connu et la méta-analyse Cochrane n'a pas mis en évidence d'effet indésirable nouveau chez les patients traités avec la caféine en adjuvant (8).

Claude Sarlin

Références
1. Lipton RB, et al. Caffeine in the management of patients with headache. The Journal of Headache and Pain (2017) 18:107. DOI 10.1186/s10194-017-0806-2
2. Ribeiro J,. et al. Caffeine and adenosine. Journal of Alzheimer’s Disease 20 (2010) S3–S15. DOI 10.3233/JAD-2010-1379.
3. Steven G. Chrysant (2017): The impact of coffee consumption on blood pressure, cardiovascular disease and diabetes mellitus, Expert Review of Cardiovascular Therapy,DOI: 10.1080/14779072.2017.1287563
4. Higdon JV, Frei B. Coffee and Health: A Review of Recent Human Research. Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 46 :101–123 (2006).
5. Tavares C. et al. Caffeine in the Treatment of Pain. Rev Bras Anestesiol 2012; 62: 3: 387-401.
6. « Interaction médicamenteuse et cytochrome P450 ». Pharma Flash2002 ; 24 : numéro 4.
7. Zhang WY. A Benefit-Risk Assessment of Caffeine as an Analgesic Adjuvant. Drug Safety 2001; 24 (15): 1127-1142.
8. Derry CJ, Derry S, Moore RA. Caffeine as an analgesic adjuvant for acute pain in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews 2014, Issue 12. Art. No.: CD009281. DOI: 10.1002/14651858.CD009281.pub3.

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