« Non pas ce soir chéri, j’ai la migraine ! »

« Non pas ce soir chéri, j’ai la migraine ! » Réalité ou prétexte, cette affirmation classique n’en concerne pas moins la vie sexuelle de certaines femmes, y compris dans d’autres cultures qu’en Occident, puisque ce sujet (parfois vaudevillesque) intéresse ainsi une équipe de psychiatrie d’un hôpital de New Delhi (en Inde). Si divers facteurs peuvent bien sûr expliquer une telle « dysfonction sexuelle féminine », céphalées et migraines « affectent négativement la qualité de la vie et le fonctionnement sexuel », rappellent les auteurs, au même titre que d’autres maladies entraînant des douleurs chroniques, comme la polyarthrite rhumatoïde ou la fibromyalgie.

Migraine et sexualité

L’étude évoquée porte sur 95 femmes âgées de 18 à 65 ans avec des antécédents de céphalées depuis au moins 1 mois et « sexuellement actives au cours des 6 derniers mois », vues en consultation externe de psychiatrie (outpatient psychiatry department), et pour lesquelles un diagnostic de céphalée a été formulé, conformément à la Seconde édition de la  Classification Internationale des Céphalées (International Classification of Headache Disorders-II)[1], publiée en 2004.

S’appuyant notamment sur l’échelle d’évaluation de la migraine MIDAS (Migraine Disability Assessment Scale)[2] et sur l’Indice d’Évaluation du Fonctionnement Sexuel Féminin FSFI (Female Sexual Function Index) [3], les auteurs observent que les femmes souffrant de migraines ont signalé une intensité de douleur « plus élevée que celles souffrant de céphalées de tension. » Dans cette population, 30 % des femmes migraineuses relèvent de « la catégorie la plus sévère » à l’échelle MIDAS. Et sans surprise, ces femmes migraineuses ont, comparativement aux témoins (66,3 % versus 30 %), « les plus faibles scores à l’échelle du fonctionnement sexuel féminin FSFI », pour l’ensemble des sous-échelles comme pour le score de fonctionnement global.

Cette étude confirme donc chez la femme l’existence d’une composante somatique (en l’occurrence une migraine ou autre céphalée) dans le déterminisme de certains troubles de la libido.
 
[1] https://www.ichd-3.org/wp-content/uploads/2016/08/ihc_II_main_no_print.pdf
[2] https://www.scripps.org/assets/documents/web059migraineassessmenttest.pdf

Dr Alain Cohen

Référence
Nagpal M et coll. : A comparative study of the sexual functioning of women with primary headache in India. Indian Journal of Psychiatry 2018 ; 60 : 224–228.

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