« Test and treat » avec la vitamine D, pas mieux que l’huile de foie de morue…

L’action bénéfique des métabolites de la vitamine D sur la réponse immunitaire lors des infections respiratoires et sur la régulation de l’inflammation, est connue depuis longtemps. C’est la raison pour laquelle la vitamine D a été proposée pendant la pandémie de Covid-19, en prévention de l’infection par le SARS-CoV-2. Les nombreuses études réalisées sur le sujet ont donné des résultats contradictoires, mais plusieurs méta-analyses concluaient à une possible efficacité.

CORONAVIT, un essai de phase 3


Le British Medical Journal publie les résultats du premier essai randomisé contrôlé de phase 3, évaluant l’efficacité d’une démarche « tester et traiter », pour corriger un dosage suboptimal de la vitamine D en prophylaxie des infections respiratoires aiguës. L’essai étudie aussi le lien entre la supplémentation en vitamine D et une réduction du risque de Covid-19.

Au total 6 200 personnes, âgées de plus de 16 ans, et ne prenant pas de supplémentation en vitamine D ont été incluses. La moitié d’entre elles a été randomisée pour recevoir par la poste un test à effectuer au bout du doigt, afin de doser la concentration sanguine en 25(OH) vitamine D (25(OH)D) et, si le taux était < 75 nmol/l, bénéficier d’une supplémentation en vitamine D sous forme de faible doses quotidiennes (800 UI/j, n = 1 550) ou de forte dose (3 200 UI/j, n = 1 550). Les autres (n = 3100), ne recevaient ni test, ni supplémentation.

La principale mesure était la proportion de participants présentant une infection respiratoire aiguë confirmée. La mesure secondaire était la proportion de patients ayant un test à l’écouvillon positif pour la Covid-19. L’étude a été réalisée au Royaume-Uni.

Une élévation des taux sériques, mais pas d’effet sur les infections respiratoires


Finalement, parmi les 3 100 personnes du groupe test vitamine D, 2 958 ont accepté de participer et 2 674 tests ont montré une concentration de vitamine D inférieure à 75 nmol/l : 1 328 personnes ont reçu la supplémentation à faibles doses et 1 346 celle à fortes doses.

L’augmentation des taux sériques de 25(OH)D parmi les patients supplémentés, en comparaison avec les personnes non testées, illustre une bonne adhésion au traitement. Les résultats ne montrent toutefois aucun effet significatif sur le risque d’infection respiratoire aiguë, non plus que sur le risque de Covid-19. En effet, une infection respiratoire aiguë est confirmée pour 4,6 % des participants du groupe non testé et non supplémenté, pour 5,7 % des personnes supplémentées par de faibles doses (Odds Ratio OR 1,26 ; intervalle de confiance à 95 %) et pour 5 % de celles supplémentées par de fortes doses (OR 1,09 ; IC 0,82 à 1,46).

Quant à l’effet de la supplémentation sur le risque de Covid-19, il n’est pas non plus significatif. Car, si dans le groupe non testé pour la vitamine D, 2,6 % des participants ont présenté une Covid-19, ils étaient 3,6 % dans le groupe à faibles doses de vitamine D (OR 1,39 ; IC 0,98 à 1,97) et 3 % dans le groupe à fortes doses (OR 1,13 ; IC 0,78 à 1,63).

Bon pour améliorer le statut en vitamine D


Notons que la supplémentation en vitamine D a été bien tolérée aux deux dosages et qu’aucun effet indésirable grave n’a pu être attribué à la supplémentation. L’option du « tester et traiter » pourrait donc être conservée pour améliorer le statut de la population vis-à-vis de la vitamine D, mais ne peut être considérée en prophylaxie des infections respiratoires aiguës, y compris de la Covid-19.

Parallèlement, le British Medical Journal publie les résultats d’un autre essai randomisé, norvégien cette fois, incluant près de 35 000 personnes et évaluant l’efficacité d’une prise quotidienne de 5 ml d’huile de foie de morue sur le risque d’infection respiratoire aiguë et de Covid-19. Les résultats sont tout aussi décevants.

Dr Roseline Péluchon

Références
Jolliffe DA et coll. : Effect of a test-and-treat approach to vitamin D supplementation on risk of all cause acute respiratory tract infection and covid-19: phase 3 randomised controlled trial (CORONAVIT).
BMJ2022;378:e071230. doi.org/10.1136/BMJ-2022-071230
Brunvoll SH et coll. : Prevention of covid-19 and other acute respiratory infections with cod liver oil supplementation, a low dose vitamin D supplement: quadruple blinded, randomised placebo controlled trial
BMJ2022;378:e071245. doi.org/10.1136/BMJ-2022-071245

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Vos réactions (1)

  • La vitamine D

    Le 20 septembre 2022

    Il ne semble pas y avoir d'effet de la vitamine D sur le "risque" d'infection pulmonaire, mais qu'en est-il sur la gravité de l'infection ?
    Comment justifier le début de l'article: "L’action bénéfique des métabolites de la vitamine D sur la réponse immunitaire lors des infections respiratoires est connue depuis longtemps", en l'absence d'effets constatés ?

    Dr B. Taveneau

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