Activité physique avant infarctus du myocarde : une nécrose de plus petite taille ?

L’infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI) se définit par une nécrose myocardique transmurale avec une élévation du segment ST à l’ECG, qui ne cède pas rapidement après administration de trinitrine. La pratique régulière d’une activité physique (AP) conforme aux recommandations de l’Organisation mondiale pour la santé a un effet protecteur sur le risque cardiovasculaire.

Elle réduit la probabilité de présenter un infarctus du myocarde (IM), dont la prévalence élevée en fait un enjeu de santé publique au plan mondial. Ce n’est pas tout : s’adonner à une AP permettrait également de diminuer la sévérité de cet évènement aigu. En effet, selon une étude prospective Copenhagen General Population Study, conduite auprès de 14 223 personnes, les pratiquants d’une AP d’intensité légère à modérée avaient un taux de survie plus élevé après IM que leurs pairs inactifs (1). Ce travail, toutefois, n’évaluait pas la relation entre AP et biomarqueurs cardiaques, reflets de l’étendue potentielle de l’infarctus.

Une étude de cohorte sur près de 100 malades

Pour répondre à cette question, des chercheurs de Nimègue (Pays-Bas) ont recruté des adultes victimes d’un STEMI. L’AP de ces malades durant la semaine précédent a été évaluée grâce au Short Questionnaire to Assess Health-enhancing physical activity (SQUASH). Les différents domaines comprenaient la marche et le vélo pour se rendre au travail et/ou pendant les loisirs, le jardinage, les activités ménagères, les activités au travail et les sports.

Pour chaque activité, le temps et l'intensité (léger, modéré ou vigoureux) sont relevés. L'AP a été considérée comme « exercice » lorsque le patient avait fait du vélo ou de la marche à intensité vigoureuse ou lorsqu’il avait pratiqué du sport d'intensité modérée à vigoureuse ; sinon il était affecté au groupe « témoin ». De plus, des dosages de troponine-T à haute sensibilité (hs-cTnT) et de créatine kinase (CK) ont été réalisés toutes les 6 heures jusqu’aux concentrations maximales, s’agissant de biomarqueurs couramment utilisés comme indicateurs de la taille de l’infarctus.

Au total, 98 patients ont été inclus, dont seulement 16 dans le groupe « exercice », qui se composait de 65 % d’hommes, âgés en moyenne de 64,7 ans, ayant un IMC moyen de 26,9 kg/m2, et n’ayant jamais fumé de tabac pour 34 %. Les concentrations maximales de hs-cT-nT et de CK étaient plus basses dans le groupe « exercice » (941 ng/mL et 477 U/L respectivement) que dans le groupe « témoins » (3136 ng/mL et 1055 U/L ; p = 0,016). Le suivi, pendant 6 mois, n’a montré aucune différence entre les deux groupes, notamment en matière de survenue d’effet indésirable majeur.

En dépit de son petit effectif, ce travail montrant que l’engagement dans une activité physique la semaine précédent un STEMI est associé à des pics de concentrations des marqueurs cardiaques plus faibles, possiblement en rapport avec un effet protecteur de l’activité physique, et suggère que ceux qui en auraient le plus besoin n’en font pas assez…

Dr Patrick Laure

Références
1. Peytz NC, Jabbari R et al. Physical activity and risk of instant and 28-day case-fatality in myocardial infarction. PLoS One 2019;14:e0217398.
2. de Koning IA, van Bakel BMA, et al. Association between engagement in exercise training and peak cardiac biomarker concentrations following ST-elevation myocardial infarction. BMJ Open Sport & Exercise Medicine 2023;9: e001488. doi:10.1136/bmjsem-2022-001488

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