Adolescents, bougez-vous !

Une activité physique modérée à intense d’une heure minimum chaque jour est l’un des piliers d’une bonne santé, mais, actuellement, un adulte sur 5 et 4 adolescents sur 5 n’atteignent pas le seuil de l’heure quotidienne. L’OMS a lancé en juin 2018 le plan d’action « More active people for a healthier world » afin de réduire de 15 % en 12 ans le nombre d’adultes et d’adolescents pas assez actifs. Pour les adolescents, le plan est justifié a posteriori par une analyse poolée des données de 298 enquêtes transversales, incluant 1,6 million d’élèves âgés de 11-17 ans dans 146 pays, en 2001-2016 (1).

Les données sont déclaratives. Le temps d’activité est insuffisant quand il est < 1 h/jour en comptant les jeux, les loisirs et les sports, les tâches ménagères, les déplacements à pied ou à vélo, l’éducation physique… Les prévalences de l’insuffisance d’activité tirées des enquêtes itératives ont permis de reconnaître des tendances évolutives dans 73 pays, et ces tendances évolutives ont ensuite permis d’estimer les prévalences de l’insuffisance d’activité pour la totalité des pays et des années, grâce un modèle de régression linéaire à effets mixtes.

Manque d’activité pour 80 % des élèves de 11 à 17 ans

En moyenne, 81,0 % des élèves de 11-17 ans (intervalle de confiance de 95 % : 77,8-87,7) ne sont pas assez actifs en 2016, presque autant qu’en 2001. Toutefois, les garçons sont moins touchés que les filles, et leur manque d’activité a un peu régressé (de 80,1 % en 2001 à 77,6 % en 2016), ce qui n’est pas le cas des filles (environ 85 % sur la période).

Par pays (n = 176), en 2016, les prévalences du manque d’activité des élèves de 11-17 ans – garçons et filles réunis – vont de 66 % au Bangladesh à 94 % en Corée du Sud ; par rapport à 2001, elles n’ont nettement diminué que chez les garçons de 6 pays. Le Bangladesh est le pays où les adolescents des deux sexes manquent le moins d’activité physique (63 % pour les garçons, 69 % pour les filles). A l’opposé on trouve les Philippines pour les garçons (93 %) et la Corée du Sud pour les filles (97 %). Le Bangladesh fait aussi partie, avec Singapour, la Thaïlande, le Bénin, l’Irlande et les USA, des 6 pays où le manque d’activité des garçons a diminué de plus de 5 % depuis 2001.

Par régions du globe (n = 9), en 2016, les prévalences du manque d’activité sont maximum dans les deux sexes en Asie-Pacifique, une région riche (89 % des garçons, 95 % des filles), suivies par l’Afrique sub-saharienne chez les garçons (84 %) et l’Asie centrale-Moyen Orient-Afrique du Nord chez les filles (93 %). Les garçons des pays occidentaux, une autre région riche, et du sous-continent Indien sont les moins touchés (72-73 %) du fait du poids de pays peuplés à tradition sportive, respectivement les USA et l’Inde et le Bangladesh.

Par différence avec les adultes, l’insuffisance d’activité physique des adolescents n’augmente pas avec le niveau de revenus. En 2016, sa prévalence est plus faible dans les pays à hauts revenus que dans les pays à bas revenus (79 % vs 85 %).

Par comparaison avec les garçons, les filles sont moins actives, sauf dans 4 pays (Tonga, Samoa, l’Afghanistan, et la Zambie). De 2001 à 2016, l’écart de prévalence entre les sexes s’est élargi dans 73 % des pays (107/146), et, en 2016, il dépasse 10 % dans 43 pays, et même 15 % dans deux pays occidentaux, les USA et l’Irlande.

L’objectif de l’OMS pour 2030 ne sera probablement pas atteint

Malgré les limitations dues aux enquêtes (population scolarisée ne comprenant pas tous les pays, considérée comme une tranche d’âge homogène ; données auto-déclarées), le constat du manque d’activité physique des adolescents peut vraisemblablement être extrapolé au monde entier. La tendance évolutive de ce manque d’activité fait penser que l’objectif du plan d’action de l’OMS sera difficile à atteindre en 2030, encore plus chez les filles que chez les garçons, avec des conséquences négatives sur la santé actuelle et future.

Les auteurs, des chercheurs à l’OMS, tirent la sonnette d’alarme. Dans tous les pays, il faut intensifier les politiques et programmes visant à augmenter l’activité physique des adolescents. Pour adopter des politiques et programmes efficaces les dirigeants de tout rang doivent identifier et comprendre les causes du manque d’activité des adolescents et de l’inégalité filles-garçons. Parmi les causes communes aux deux sexes, les auteurs suggèrent le manque de structures et l’insécurité routière.

L’éditorial (2) met le doigt sur ce qui est sans doute la cause essentielle de l’insuffisance d’activité physique des individus, « la révolution électronique », qui a transformé la mobilité des gens « en changeant où et comment ils vivent, apprennent, travaillent, jouent et voyagent, en les isolant de plus en plus à l’intérieur, dans des maisons, des écoles, des lieux de travail, des véhicules, le plus souvent en position assise. »
 

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1. Guthold R et coll. : Global trends in insufficient physical activity among adolescents : a pooled analysis of 298 population-based surveys with 1,6 million participants. Lancet Child Adolesc Health. Publié en ligne le 21 novembre 2019. Doi : 10.1016/S2352-4642(19)30323-2
2. Tremblay MS. ; Challenges in global surveillance of physical activity. Lancet Child Adolesc Health. Publié en ligne le 21 novembre 2019. Doi : 10.1016/S2352-4642(19)30348-7

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