AG en RDC, une si lourde mortalité

L'anesthésie générale (AG) dans les pays en développement reste une pratique à haut risque, grevée d'une morbidité et d'une mortalité élevées, car elle doit faire face à de nombreux défis exclusivement liés au nombre élevé de pathologies, à la pénurie de matériel et de médicaments, d'infrastructures et de ressources humaines. De plus, un système de santé très dysfonctionnel aggrave la situation en Afrique sub-saharienne.

Souvenirs, souvenirs…

Aucune étude de ce type n'avait encore été menée à Butembo, en République démocratique du Congo. Ayant eu l’occasion récente de travailler à Butembo dans cette région délaissée de l’est du Congo, dans le cadre de la lutte contre la maladie à virus Ebola, le traducteur de cet article a tenu à vous faire partager le quotidien difficile de ses collègues congolais. Voici donc une étude rétrospective descriptive et analytique des patients ayant subi une chirurgie sous AG dans les deux principaux hôpitaux universitaires de Butembo entre janvier 2011 et décembre 2015. Les données ont été recueillies à partir des dossiers des patients et des registres d'anesthésie.

Neuf pour cent de mortalité péri-opératoire

Sur un total de 921 patients (58,5 % d’hommes), 83 (9,0 %) patients sont décédés, soit un taux de mortalité péri-opératoire global de 90 pour 1 000. Sur les 83 décès, 38 sont survenus dans les 24 heures, soit un taux de mortalité lié à l'AG de 41 pour 1 000. Les facteurs de risque de décès étaient les suivants : être un nouveau-né ou un adulte âgé, une intervention en urgence, un score ASA > 2 et un seul paramètre vital perturbé avant l’intervention, présenter une complication pendant l'AG, une durée d'anesthésie > 120 minutes ainsi que des chirurgies viscérales / laparotomies. La kétamine a été l'anesthésique le plus utilisé.

Une lueur d’espoir

Dans cette étude, une baisse globale de la mortalité a été constatée entre 2011 et 2015. Dans le monde, plusieurs chercheurs ont signalé que les taux de morbidité et de mortalité liés à l'anesthésie ont diminué au fil du temps, ce qui a été attribué à diverses améliorations de la sécurité :  progrès en formation, amélioration des techniques de surveillance, élaboration et adoption généralisée de protocoles et d'autres approches systématiques de la réduction des erreurs (listes de contrôle), meilleure gestion des voies respiratoires, partage des connaissances en matière de sécurité et l'examen par les pairs, étiquetage des médicaments, travail d'équipe, enseignement par simulation, anesthésie régionale chaque fois que cela est possible…

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Blaise Pascal F.N., Malisawa A, Barratt-Due A. et coll. : General anaesthesia related mortality in a limited resource settings region: a retrospective study in two teaching hospitals of Butembo. BMC Anesthesiol., 2021 ; 21, 60. doi.org/10.1186/s12871-021-01280-2.

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