Aliments ultra-transformés : E = MCV ?

En Europe et en Amérique du Nord, 30 à 60 % des apports énergétiques des adultes proviennent d’aliments ultra-transformés. Selon l’étude NutriNet-Santé, sur les 10 additifs alimentaires les plus consommés en France, 7 sont des émulsifiants. Ils sont utilisés notamment pour améliorer la texture et l’apparence des aliments et prolonger leur durée de conservation. Ils sont présents aussi dans plus de la moitié des boissons industrielles. Il peut s’agir d’amidons modifiés, de lécithines, de gommes, de pectines, de monoglycérides et diglycérides d’acides gras, de carraghénanes, etc. Les amidons modifiés par exemple sont consommés par plus de 90 % des participants à NutriNet-Santé.

E 460, E 466, E 339, E 472, des émulsifiants possiblement délétères pour la santé cardiovasculaire

Contrairement aux évaluations par l’autorité européenne de sécurité des aliments, des études expérimentales récentes ont suggéré un effet délétère possible des émulsifiants alimentaires sur le microbiote intestinal et l’inflammation, et sur le risque de maladie cardiovasculaire (MCV).

Une équipe française a donc étudié le lien entre la consommation de ces émulsifiants et le risque cardiovasculaire chez plus de 95 000 adultes, de 43 ans d’âge moyen participant à la cohorte NutriNet-Santé. Au cours des 2 premières années du suivi, les participants ont rempli un questionnaire alimentaire pendant au moins 3 jours. Les évènements cardiovasculaires ou les décès de cause cardiovasculaires étaient enregistrés, pendant un suivi médian de 7,4 ans.

Les données montrent une association entre les apports élevés en cellulose totale (E460 et E466), en monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E472b et E472c) et en phosphate trisodique (E339) et le risque cardiovasculaire. Plus spécifiquement, ces 3 types d’émulsifiants sont associés à une augmentation du risque de pathologie coronaire, et les monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E472c) sont associés à une augmentation du risque de pathologie cérébro-vasculaire.

Besoin d’évaluations régulières

Dans les dernières évaluations de l’EFSA (European Food Safety Authority), aucun seuil n’est fixé pour réguler les apports de citrate de sodium (E331), de monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E471), de celluloses (E469, E461, E464, E466, E 468), de monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E471) ni d’ester lactique des monoglycérides et diglycérides d’acides gras (E472b).

Quant au seuil acceptable de l’ester tartrique des monoglycérides et diglycérides d’acides gras, fixé à 240 mg/kg/jour, il n’est atteint par aucun des participants à NutriNet-Santé. Les auteurs conviennent que les conclusions des rapports de l’EFSA ne peuvent être basés que sur les connaissances scientifiques disponibles au moment de l’évaluation. Les conclusions préoccupantes des dernières études concernant les émulsifiants laissent apparaître la nécessité de procéder à des évaluations plus fréquentes afin d’établir la sécurité de la consommation à long terme de ces additifs.

Dr Roseline Péluchon

Références
Sellem L. et coll. : Food additive emulsifiers and risk of cardiovascular disease in the NutriNet-Santé cohort: prospective cohort study
BMJ 2023;382:e076058. doi.org/10.1136/bmj-2023-076058

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