Anticoagulation prophylactique dans la Covid sévère : l’idée fait son chemin

Une partie des décès survenant au cours de la Covid-19 est attribuable à des accidents thromboemboliques veineux et à des thromboses artérielles. Devant leur prévalence élevée, plusieurs organisations professionnelles ont recommandé une anticoagulation prophylactique pour les patients ne présentant pas de contre-indication. Des travaux ont montré que les anti-coagulants à base d’héparine ont aussi des propriétés anti-inflammatoires, ils semblent donc tout indiqués dans cette prophylaxie anticoagulante au cours de la Covid-19. Des essais randomisés sont en cours, mais une équipe états-unienne publie dès à présent les résultats d’une étude observationnelle incluant 4 297 patients hospitalisés pour une forme sévère de CovId-19 entre mars et juillet 2020. Parmi eux, 84,4 % ont reçu une prophylaxie anticoagulante dans les 24 heures suivant leur admission. Il s’agissait dans 99 % des cas d’héparine ou d’énoxaparine par voie sous-cutanée.

Réduction du risque de mortalité à 30 jours

L’initiation de l’anticoagulation prophylactique dans ces conditions est associée à une réduction de 34 % du risque relatif de mortalité à 30 jours et une réduction de 4,4 % du risque absolu, dans le contexte d’un risque absolu de mortalité de 18,7 % pour les patients n’ayant pas reçu d’anticoagulation. Le bénéfice apparaît plus évident pour les patients n’ayant pas été admis en soins intensifs dans les 24 heures suivant leur hospitalisation. Notons que les hémorragies sévères sont rares et n’ont pas été associées au traitement anticoagulant (Hazard Ratio 0,87 ; Intervalle de confiance à 95 % 0,71 à 1,05).

Pour les auteurs, ces résultats vont dans le sens de certains guidelines recommandant déjà l’utilisation d’une anticoagulation prophylactique dans le traitement initial, lors de l’hospitalisation des patients atteints de Covid-19.

Dr Roseline Péluchon

Références
Rentsch C et coll. : Early initiation of prophylactic anticoagulation for prevention of coronavirus disease 2019 mortality in patients admitted to hospital in the United States: cohort study. BMJ 2021;372:n311. doi.org/10.1136/bmj.n311

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Vos réactions (3)

  • En cas d'aggravation adresser aux urgences

    Le 15 février 2021

    Quasiment dès le début de l'épidémie il a été écrit et relaté que certaines équipes anticoagulaient aux USA et à l'époque on a évoqué une CIVD.
    C'est bien d'avoir un retour mais c'est un peu réchauffé.
    Idem pour la vitamine D trop peu utilisée... (cf Académie de médecine). Idem pour le zinc dont la consommation est accrue au cours de toute infection (ce n'est pas un scoop mais devrait être une pratique quotidienne...). Idem pour antibiothérapie avec ou sans HDC etc...

    Tester et TRAITER dès le début par le généraliste et sous surveillance et si besoin en cas d'aggravation adresser aux urgences.

    Dr Pierre Lassalle

  • Protocole de prise en charge COVID 19 en médecine

    Le 15 février 2021

    Cet article fait écho au protocole de prise en charge COVID 19 en médecine (horsUSI:REA)
    les 5 armes des cliniciens par le Dr JJ Mourad Service de Médecine Interne
    Groupe hospitalier PARIS ST JOSEPH.
    Protocole version 11/04/2020.

    Propositions thérapeutiques issues de l'expérience du terrain et qui sont hors AMM.

    Dr Philippe Bernard, Pédiatre (retraité) Arras

  • Expérience personnelle

    Le 16 février 2021

    Depuis mars 2020, les réanimateurs US ont mis en évidence un début de CIVD quasiment systématique dès que la saturation du sang en O2 devenait inférieure inférieure à 92 %.
    Personnellement, suite à cette publication, à partir du mois d'avril, j'ai mis mes patients polyhandicapés sous HBPM et Dexaméthasone dès que la Sat O2 devenait inférieure à 95%. Je n'ai eu que d'excellents résultats et aucun décès avec une amélioration parfois spectaculaire des patients pourtant porteurs de comorbidités.

    Dr Patrick Mongeard

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