Antihypertenseurs et risque de dépression : point de vue actuel

L’hypertension artérielle, la maladie cardiovasculaire et la maladie cérébro-vasculaire sont autant de pathologies associées à une augmentation du risque de dépression. Le rôle des antihypertenseurs dans ces associations est loin d’être clair. Il est vrai que les premières classes pharmacologiques d’antihypertenseurs qui datent des années 60-70 étaient à la fois peu nombreuses et parfois mal tolérées. Les schémas thérapeutiques de l’époque étaient plus approximatifs qu’à l’heure actuelle par manque de moyens et de recul, alors que la maladie hypertensive était imparfaitement appréhendée tant d’un point de vue pathogénique qu’épidémiologique et clinique.

Désormais, le clinicien dispose d’un vaste éventail d’antihypertenseurs et de stratégies thérapeutiques validées et bien rodées, de sorte que la question de leur rôle dans le risque de dépression mérite d’être reconsidéré. Une étude de population réalisée au Danemark permet de faire le point sur ce sujet. Elle a reposé sur les registres du pays, lesquels ont permis de rechercher des liens entre les 41 antihypertenseurs disponibles et le risque de trouble dépressifs, l’inclusion et le suivi des patients hypertendus se situant entre janvier 2005 et décembre 2015. Deux critères de jugement ont été appliqués : (1) diagnostic de dépression posé en hôpital psychiatrique chez un patient hospitalisé ou suivi en externe ; (2) combinaison d’un diagnostic similaire ou d’un recours à un traitement antidépresseur.

Un effet positif pour certains antihypertenseurs ?

Les diurétiques n’ont eu aucun effet sur les deux critères précédents. En revanche, les trois autres grandes classes pharmacologiques ont été associées à un moindre risque de troubles dépressifs, quel que soit le critère utilisé : les antagonistes du système rénine angiotensine aldostérone (SRA), les bêta-bloquants et les inhibiteurs calciques. Si l’on considère les antihypertenseurs individuellement, certains semblent faire mieux que d’autres. Dans la classe des antagonistes des SRA qui compte seize représentants au Danemark, il s’agirait de l’énalapril et du ramipril (inhibiteurs de l’enzyme de conversion). Pour les inhibiteurs calciques, deux sur dix sortiraient du rang : l’amlodipine et le vérapamil (et par extension les associations incluant ce dernier). Pour les bêta-bloquants, quatre (sur 15) semblent se distinguer du lot : le propranolol, l’aténolol, le bisoprolol et le carvédilol. Aucun médicament antihypertenseur n’a été associé à une augmentation du risque de dépression.

Cette étude Danoise de grande envergure qui repose sur des registres consultés entre 2005 et 2015 permet de jeter un regard actualisé sur certains effets indésirables des médicaments antihypertenseurs. Aucun d’entre eux ne semble favoriser la survenue d’une dépression un tant soit peu sévère, le diagnostic et le suivi étant assurés, dans le cadre de cette étude, en hôpital psychiatrique. Qui plus est, certains antihypertenseurs auraient un effet positif en diminuant les troubles dépressifs, ce qui mérite assurément confirmation. En attendant, ces résultats peuvent, dans une certaine mesure, guider les choix thérapeutiques face à une HTA survenant chez un patient atteint de troubles anxiodépressifs ou d’antécédents de ce type.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kessing LV et coll. : Antihypertensive Drugs and Risk of Depression : A Nationwide Population-Based Study. Hypertension 2020; 76: 1263-1279. doi.org/10.1161/HYPERTENSIONAHA.120.15605

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