Associations de patients et industrie pharmaceutique : une étude qui ne manque pas d’intérêt(s)

Le Jim relatait récemment le travail d’une équipe rennaise sur les liens entre les médecins généralistes et l’industrie pharmaceutique. Cette fois, il s’agit de décrire les relations qu’entretient cette dernière avec les associations de patients. Celles-ci exercent en effet une influence croissante dans les choix des politiques de santé. Elles jouent un rôle important dans le soutien et la défense des patients, l’information des patients et des professionnels, et dans la recherche. De nombreux travaux ont toutefois souligné qu’elles n’étaient pas exemptes de conflits d’intérêt. Dès 2003, une étude montrait que 7 associations de patients sur 10 en Finlande recevaient des aides financières de l’industrie pharmaceutique. Aux États-Unis, elles étaient aussi 7 sur 10 dans ce cas en 2014 et 8 sur 10 en 2016, parmi lesquelles 39 % déclaraient recevoir plus d’1 million de dollars d’aides chaque année.

La question se pose bien entendu de l’influence que peuvent avoir ces aides sur l’indépendance des associations. Certains de leurs porte-paroles ont reconnu que le fait d’entretenir des relations financières avec l’industrie pharmaceutique pouvait entamer leur crédibilité et leur objectivité. Les études concernant ces liens sont assez rares, à l’exception d’un travail mené au Royaume-Uni en 2019 et qui a montré que l’industrie soutenait particulièrement les pathologies ou les activités qui pouvaient fournir un meilleur retour commercial. Les auteurs soulignaient que les compagnies préféraient financer les associations en lien avec le cancer, en se concentrant sur la recherche et les activités engageant le public, et donnaient moins d’argent pour les activités de soutien des patients et pour le fonctionnement des groupes.

Quatre types de relations

Pour en savoir un peu plus sur ces liens et obtenir le point de vue des associations, une équipe australienne a interrogé 27 participants issus de 23 de ces associations, représentant différents niveaux d’engagements de l’industrie. Il s’agit d’associations défendant les « consommateurs » sur des sujets de santé en général, ou traitant au contraire de maladies spécifiques. Les auteurs ont classé les différentes relations avec l’industrie pharmaceutiques en 4 catégories.

  • Le « partenariat commercial performant » est la forme de relation dominante, décrite par 15 participants (/27) issus de 13 associations (/23). Les intérêts de l’association et ceux de l’industrie sont « alignés ». Les associations reçoivent régulièrement des fonds de l’industrie et les personnes interrogées se disent très à l’aise avec ce type de collaboration et tout à fait capables de rejeter toute tentative de l’industrie de pousser son propre programme commercial. Ils décrivent l’accès aux médicaments comme une priorité qu’ils partagent avec l’industrie pharmaceutique. Tous ces participants adhéraient à des associations ciblant une maladie et situés dans le groupe des plus gros bénéficiaires de financement.
  • « Non développé » : 5 participants appartiennent à des groupes (n = 5) ne recevant aucun fond de l’industrie pharmaceutique, mais n’y sont pas personnellement opposés. Quatre d’entre eux expliquent que leur association n’a pas été contactée par l’industrie car leurs priorités diffèrent. Pour deux d’entre elles, leur but est plutôt de promouvoir l’engagement des « consommateurs » et les deux autres appartenaient à des groupes de patients atteints de maladies traitées de façon non médicamenteuse. Le cinquième participant de cette catégorie (non opposé personnellement à une collaboration avec l’industrie) appartenait à une association farouchement opposée la réception de fonds de l’industrie.
  • « Incompatible » : 4 participants issus de 3 groupes disent que leur association y est « philosophiquement » opposée, estimant que leurs impératifs sont incompatibles avec ceux de l’industrie pharmaceutique. Il s’agit d’associations de « consommateurs ».
  • « Non satisfaisant » : Enfin un quatrième groupe est constitué par des associations recevant des fonds, mais non satisfaites de cette collaboration (3 participants appartenant à 3 associations). Deux d’entre eux estiment que l’industrie est plus intéressée par ses profits que par l’intérêt des patients.

Un partenariat « donnant-donnant »

Les associations qui reçoivent des fonds de l’industrie pharmaceutique reconnaissent qu’il s’agit bien souvent d’une relation « donnant-donnant ». Ils reçoivent de l’argent, de l’information et des avis et, en échange, fournissent un lobbying pour l’accès aux médicaments et facilitent les opportunités de relations avec des leaders d’opinion ou un recrutement pour les essais cliniques.

Dr Roseline Péluchon

Références
Parker L et coll. : “Asset exchange”—interactions between patient groups and pharmaceutical industry: Australian qualitative study. https://www.bmj.com/content/bmj/367/bmj.l6694.full.pdf

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Vos réactions (1)

  • C'est très embêtant !

    Le 24 décembre 2019

    C'est très embêtant lorsqu'on sait que, dans une interview réalisée récemment, 34 personnes ayant travaillé à la FDA reconnaissaient avoir subi des pressions importantes de l'industrie pharmaceutique et des associations des patients.

    Dr Danielle Barbotin

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