Attention aux infections respiratoires, même bénignes, sous anticoagulants

Les accidents hémorragiques en lien avec la prise d’anti-vitamine K (AVK) sont parmi les plus fréquents des effets secondaires médicamenteux nécessitant une hospitalisation. L’association AVK et antibiotiques (notamment macrolides et fluoroquinolones) est particulièrement à risque. Il est toutefois encore difficile de déterminer si les saignements sont totalement induits par l’interaction médicamenteuse antibiotique-anticoagulant, ou si le risque provient de l’infection à l’origine de la prescription d’antibiotique. Si le lien entre infections sévères et coagulopathies est connu, ce n’est pas le cas des infections bénignes vues en pratique de ville. Cela n’est pas sans conséquence pour la prévention : si le danger vient de l’infection elle-même, la surveillance de l’INR (International normalized ratio) et une modification préventive de la posologie de l’anticoagulant permettraient de réduire le risque hémorragique.

Une étude a évalué récemment l’association entre les infections respiratoires communautaires et le risque hémorragique, chez des patients sous AVK. Ont été inclus 1 208 adultes sous warfarine (AVK) ou anticoagulant oral d’action directe (AOD), chez lesquels a été diagnostiqué un accident hémorragique. Au total, 292 saignements graves sont survenus, en dehors de tout épisode infectieux, et 41 dans les 14 jours suivant une consultation pour une infection respiratoire. De plus, 1 003 accidents hémorragiques non graves ont été constatés hors contexte infectieux, et 81 dans les 14 jours après une infection respiratoire.

Risque d’accident hémorragique multiplié par 2 dans les 15 jours suivant une infection respiratoire

Après ajustement pour l’âge, la saison et l’année, l’incidence des accidents hémorragiques, graves ou cliniquement significatifs mais non graves, est multipliée par 2 dans les 0-14 jours suivant une infection respiratoire non traitée par antibiotique. Les résultats ne sont pas différents selon le genre ou le type d’anticoagulant. Les analyses plus fines suggèrent que le « pic » de risque se situe entre 0 et 5 jours pour les saignements cliniquement significatifs mais non graves et entre 11 et 15 jours pour les accidents hémorragiques graves.

Ces données pourraient avoir des implications pour la conduite, par les patients et les médecins, du traitement par anticoagulants pendant une pathologie intercurrente aiguë, mais d’autres travaux sont nécessaires avant d’édicter des recommandations.

Dr Roseline Péluchon

Références
Ahmed H et coll. : Respiratory tract infection and risk of bleeding in oral anticoagulant users: self-controlled case series. BMJ 2021;375:e068037. doi.org/10.1136/BMJ-2021-068037

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