Avant le coucher, le traitement anti HTA plutôt l’on prendra !

La prise de  médications à visée anti-hypertensive s’effectue habituellement soit le matin, soit le midi, soit le soir et, occasionnellement, matin, midi et soir. De toutes récentes études ont démontré que l’ingestion de la totalité des médicaments antihypertenseurs en une prise, le soir, était tout à la fois plus efficace et bien tolérée. Ce concept nouveau s’appuie notamment sur l’influence qu’a le rythme circadien sur la  pharmacocinétique et la pharmacodynamie des médicaments antihypertenseurs mais également sur les mécanismes de la régulation de la pression artérielle (PA).

A titre d’exemple, le pic d’activité du système  rénine–angiotensine–aldostérone se situe durant le sommeil et il a été ainsi montré que les inhibiteurs du système  rénine–angiotensine–aldostérone prescrits le soir au coucher, isolément ou en association avec un diurétique ou un inhibiteur calcique, augmentaient la baisse de la PA  nocturne sans altérer l’efficacité du médicament  au moment du réveil.

Il restait à savoir si la prise du traitement antihypertenseur le soir, au moment du coucher,  modifiait le pronostic cardiovasculaire (CV) par rapport à sa prise diurne.

C’est ce qu’ont tenté d’évaluer Hermida et coll. qui ont réalisé l’essai Hygia Chronotherapy, étude  multicentrique, contrôlée, prospective, menée en ouvert chez  19 084 hypertendus (hommes : 10 614 ; femmes : 8 470) âgés de 60,5 ± 13,7 ans ; après randomisation 1 : 1, les patients ont reçu tous leurs médicaments antihypertenseurs  au moment du coucher (n = 9 552) ou au lever (n = 9 532).

Meilleur pronostic cardiovasculaire à 6 ans

Une mesure ambulatoire de la PA a été effectuée pendant 48 heures à l’inclusion puis au moins une fois par an lors d’un suivi de 6,3 ans.

Le critère composite principal regroupait décès CV, infarctus du myocarde, revascularisation coronaire, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral (AVC). Ces événements étaient analysés par des investigateurs tenus dans l’ignorance du moment de la prise des antihypertenseurs.

Comparés aux patients qui prenaient leurs antihypertenseurs au lever, ceux qui les prenaient au coucher avaient un risque significativement moindre que survienne le critère composite principal (hazard ratio [HR] 0,55 ; intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,50–0,61) ainsi que chacun des  événements le composant à savoir décès CV (HR 0,44 ; IC 95 % : 0,34–0,56), infarctus du myocarde (0,66 ; IC 95 % : 0,52–0,84), revascularisation coronaire (HR 0,60 ; IC 95 % : 0,47–0,75), insuffisance cardiaque (HR 0,58 ; IC 95 % : 0,49–0.70), AVC (HR 0,51 ; IC 95 % : 0,41–0,63) (p < 0,001 pour tous les items).

En conclusion, chez les hypertendus, la prise en routine, au moment du coucher, d’un traitement comportant au moins un antihypertenseur, améliore le contrôle de la PA évaluée par auto-mesure : baisse accrue de la  PA diurne et abaissement relatif de la PA nocturne. Fait encore plus important, la prise des antihypertenseurs au coucher diminue significativement l’incidence des événements CV majeurs à 6 ans.

Dr Robert Haïat

Référence
Hermida RC et coll. : Bedtime hypertension treatment improves cardiovascular risk reduction: the HygiaChronotherapy Trial. Eur Heart J., 2019 ; 0, 1–12. doi:10.1093/eurheartj/ehz754

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Vos réactions (3)

  • Diurétiques ?

    Le 19 novembre 2019

    Très très intéressant... mais je suppose que les diurétiques ne sont pas concernés ?

    Dr Jean-Jacques Perret

  • Beta bloquants ?

    Le 20 novembre 2019

    Quid des bêta bloquants, en particulier du bisoprolol en prise unique.

    Dr Hervé Jung

  • Attention

    Le 25 novembre 2019

    Attention, il est indispensable d'alerter sur le fait que les différentes classes thérapeutiques n'agissent pas au même moment. Ce qui est vrai pour les sartans et les IEC ne l'est pas pour les beta bloquants.
    Les béta Bloquants le soir inhibent la synthèse de mélatonine et ont un effet délétère.

    Dr Didier Cugy

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