Benzodiazépines pendant la grossesse : impact minime sur le développement de l’enfant

Les benzodiazépines et les hypnotiques apparentés peuvent être prescrits durant la grossesse pour leur propriétés anxiolytiques, sédatives, ou anti-convulsivantes. Bien que ce soit discuté, d'après le site internet du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, https://www.lecrat.fr/), aucun effet malformatif n'est attribué à leur exposition au 1er trimestre de grossesse. Néanmoins, ils peuvent induire une diminution des mouvements actifs du fœtus et une variabilité du rythme cardiaque fœtal au 2ème et 3ème trimestre de grossesse. Quand ces molécules sont prescrites en fin de grossesse, le nouveau-né peut présenter des signes d'imprégnation, voire développer un syndrome de sevrage. Il est recommandé d'utiliser préférentiellement des produits de demi-vie courte, aux posologies minimales efficaces, et pour des durées les plus courtes possibles.

Une équipe Norvégienne a mené une étude de cohorte nationale afin d’analyser les effets de la prise de benzodiazépines (diazepam, oxazepam, alprazolam, nitrazepam, clonazepam...) ou d'hypnotiques apparentés (zopiclone, zolpidem) sur le déroulement de la grossesse. Les auteurs ont ainsi interrogé des femmes enceintes entre 1999 et 2008 et constitué plus de 110 000 couples "mère-enfant. Les mères ont complété trois questionnaires : les deux premiers durant la grossesse, et le troisième 6 mois après l'accouchement et l’analyse finale a été faite sur les données de 82 038 couples "mère-enfant unique".

La prise de benzodiazépines ou d'hypnotiques a été caractérisée par la période à laquelle la femme enceinte avait suivi le traitement (en début, et/ou au milieu, et/ou fin de grossesse), et par sa durée. Les effets potentiels des benzodiazépines et des hypnotiques étudiés étaient : le risque d'accouchement prématuré, celui de faible poids de naissance, de faible poids de naissance en fonction du terme et du sexe de l'enfant, d'anomalie du périmètre crânien, d'Apgar < 7 à 5 minutes, et de détresse respiratoire néonatale.

Un poids un peu plus faible et un terme légèrement plus court

Parmi les 82 038 femmes (âge moyen, 30,2 ans), 45,9 % étaient primipares et 51,2 % ont eu des garçons. Toujours parmi ces 82 038 femmes, 679 (0,8%) avaient pris un traitement de benzodiazépine ou d'hypnotique durant la grossesse, taux considéré comme faible comparé à la population générale. Après ajustement sur un grand nombre de co-variables, ces traitements étaient associés à :

- un poids de naissance plus faible, en moyenne - 79,3 g (95% CI : -126 à - 31,9)
- un âge gestationnel plus faible, en moyenne - 2,1 j (95% CI : -3,3 à - 0,9),
- un risque plus élevé de naissance prématurée, RR : 1,41 (95% CI : 1,03 à 1,94)

A noter qu’aucune diminution du poids de naissance rapporté au terme et au sexe de l'enfant, ni d'autres conséquences sur le déroulement de la grossesse n'ont été retrouvées.

Ces résultats suggèrent que la prise de benzodiazépines ou d'hypnotiques est associée à de légères diminutions du poids de naissance et de l'âge gestationnel, et non à un effet direct de ces traitements sur la croissance fœtale. Ces résultats concernaient principalement des périodes d'exposition en milieu et fin de grossesse. Aucun effet significatif n'a été retrouvé sur le périmètre crânien, sur l'Apgar ou sur l'état respiratoire des nouveau-nés.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Huitfeldt A et coll. : Associations of Maternal Use of Benzodiazepines or Benzodiazepine-like Hypnotics During Pregnancy With Immediate Pregnancy Outcomes in Norway. JAMA Network Open. 2020 ; 3(6):e205860. Doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.5860 June 22, 2020.

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Vos réactions (1)

  • On ne saura jamais réellement...

    Le 18 juillet 2020

    On ne saura jamais réellement chez la femme enceinte, l'impact d'une imprégnation de "substance à effet psychotrope" sur l'enfant en devenir, à venir et ce, quelque soit le stade de ladite imprégnation...
    Il conviendra de toutes façons d'avoir à privilégier la protection maternelle, vie avant tout oblige...

    Dr Frédéric Lascoutounax

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