Bouger pour éviter l’attaque ?

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont une des principales causes de décès et de handicap dans le monde. Ces événements, associés à des facteurs de risque vasculaire traditionnels modifiables, sont en partie évitables. L’activité physique a également émergé en tant que facteur de risque. Cependant, les caractéristiques de cette activité ainsi que la durée de sédentarité sont-elles indépendamment associées au risque d’AVC chez les adultes ?

Intuitivement la réponse semble positive mais scientifiquement, la quantité, la durée et l'intensité de l’activité physique nécessaires pour prévenir les AVC ne sont pas encore déterminées. En effet, le recours à l'auto déclaration dans les études antérieures introduit un biais de remémoration et une tendance à la surestimation de l’activité physique. De même, le lien avec la sédentarité mesurée objectivement, en tant que facteur de risque indépendant reste à préciser.

Cette étude explore l’association entre la durée de sédentarité objectivement mesurée ainsi que l'activité physique d'intensité et de durée variables, et le risque d’AVC dans une cohorte nationale américaine.

Des données objectives dans une cohorte américaine

Les participants à l'étude Reasons for Geographic and Racial Differences in Stroke (REGARDS) recrutés entre 2003 et 2007 ont été inclus. Les données de l'accéléromètre ont été recueillies auprès de 7 607 sujets adultes de 45 ans ou plus entre mai 2009 et janvier 2013.

A l'aide d'un accéléromètre porté sur la hanche pendant 7 jours consécutifs, le temps de sédentarité, l'activité physique d'intensité légère (APIL) et l'activité physique d'intensité modérée à vigoureuse (APMV) ont été mesurées (1). Pour les analyses statistiques, les participants étaient stratifiés par tertile selon le temps quotidien passé dans chacune des 3 conditions d’activité.

La survenue ultérieure d’un AVC ischémique ou hémorragique a été colligée jusqu’au 31 mars 2020.

Bouger plus, s’asseoir moins

Parmi les 7 607 participants d'âge moyen de 63,4 (± 8,5) ans, 4 145 (54,5 %) sont des femmes. Sur une moyenne de 7,4 (± 2,5) années de suivi, 286 AVC (244 ischémiques, 85,3 %) sont survenus. Les rapports de risque (RR) ajustés pour les AVC dans le tertile le plus élevé de temps passé en activité physique par rapport au tertile le plus bas étaient de 0,74 (intervalle de confiance à 95 % IC 95 %, 0,53-1,04 ; P = 0,08) pour l’APIL et de 0,57 (IC 95 %, 0,38-0,84 ; P = 0,004) pour l'APMV.

Un temps de sédentarité plus élevé était associé à un risque accru de 44 % d’AVC (RR 1,44 ; IC 95 %, 0,99-2,07 ; P = 0,04). En comparant le tertile le plus élevé avec le tertile le plus bas, la durée moyenne des épisodes sédentaires était associée à un risque significativement plus élevé d’AVC (risque relatif RR, 1,53 ; IC à 95 %, 1,10-2,12 ; P = 0,008). Après ajustement pour le temps de sédentarité, le tertile le plus élevé d'épisodes courts d’APMV [1-9 minutes] était associé à un risque significativement plus faible d'AVC par rapport au tertile le plus bas (RR, 0,62 ; IC 95 %, 0,41-0,94 ; P = 0,02) ; cependant, les épisodes d'APMV plus longs [au moins 10 minutes] ne l'étaient pas (Hazard Ratio HR, 0,78 ; IC 95 %, 0,53-1,15 ; P = 0,17). Lorsqu'il est exprimé sous forme de variable continue, le temps sédentaire apparaît positivement associé au risque d’AVC (RR par 1 heure/jour d'augmentation du temps sédentaire : 1,14 ; IC 95 %, 1,02-1,28 ; P = 0,02), et l’APIL est associée négativement au risque d’AVC (RR par 1 heure/jour d'augmentation de l’APIL : 0,86 ; IC 95 % : 0,77-0,97 ; P = 0,02).

En conclusion de cette étude, l'activité physique d'intensité légère (APIL), celle d'intensité modérée à vigoureuse (APMV) et le temps de sédentarité mesurés objectivement sont significativement et indépendamment associés au risque d’AVC. Une durée d'épisode sédentaire plus longue apparaît également associée de manière indépendante à un risque accru d'AVC. Ces résultats suggèrent que le remplacement du temps sédentaire par de l’APIL, ou même de très courtes périodes d'APMV, peut réduire le risque d'AVC, soutenant le concept de bouger plus et de s'asseoir moins comme une stratégie bénéfique de réduction du risque d'AVC chez les adultes.

Dr Isabelle Méresse

Références
Hooker SP, Diaz KM, Blair SN, et coll. : Association of Accelerometer-Measured Sedentary Time and Physical Activity With Risk of Stroke Among US Adults. JAMA Netw Open. 2022;5(6):e2215385. doi:10.1001/jamanetworkopen.2022.15385
(1) Hooker SP, Feeney A, Hutto B, et coll. : Validation of the Actical activity monitor in middle-aged and older adults. J Phys Act Health. 2011;8(3):372-381. doi:10.1123/jpah.8.3.372

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