Ce qui pourrait être à l’origine du Covid long

Plusieurs hypothèses physiopathologiques ont été avancées pour tenter d’expliquer la persistance de symptômes après la phase aiguë dans la Covid-19, une situation désignée par le terme de Covid long ou PASC en anglais (post-acute sequelae SARS-CoV-2 condition). Ont été évoquées notamment une activation immunitaire chronique due à la persistance du virus, un retard à la réparation des dégâts tissulaires provoqués par le virus ou encore une réaction auto-immune.

Une étude réalisée par une équipe franco-portugaise apporte un autre éclairage sur les mécanismes du Covid long. Les auteurs ont suivi l’hypothèse selon laquelle il serait la conséquence d’un dérèglement immun chronique. Ils ont donc analysé, 6 mois après l’infection aiguë, les marqueurs des fonctions immunitaires de 127 patients convalescents (dont 82 % ont été hospitalisés pendant la phase aiguë), 62 d’entre eux présentant des symptômes de covid long, et de 37 personnes n’ayant pas été infectées par le SARS-CoV-2 et constituant le groupe contrôle.

Des marqueurs immunitaires

Ils ont ainsi constaté que la lymphopénie, marqueur de sévérité quand elle est présente en phase aiguë, est absente 6 mois plus tard, dans les deux groupes de patients, avec la récupération complète des lymphocytes T de type CD4+. En revanche, les lymphocytes T de type CD8+ demeurent activés chez tous les convalescents, en comparaison avec le groupe témoin, y compris chez les personnes ne présentant pas de symptômes de Covid long.

La poursuite des investigations montre que, chez les convalescents avec Covid long, ces CD8 expriment un profil cytotoxique, avec une expression augmentée de granzyme A, protéine inflammatoire, mais plus faible d’intégrine b7 (récepteur d’adhésion tissulaire, essentielle pour le contrôle des virus dans les muqueuses). Ces personnes avec Covid long ont aussi des taux plasmatiques d’interférons de type IFN-λ2/3 plus élevés.

De plus, des taux élevés d’IgA anti-N et anti-S spécifiques du virus sont rencontrés chez les convalescents atteints de Covid long, particulièrement chez ceux qui avaient présenté une forme aiguë plus sévère. Enfin, il apparaît que le risque de développer une forme prolongée de Covid-19 est en lien avec la présence de taux élevés d’IL-6, d’interleukine-6 et d’interféron IP-10 au moment de la phase aiguë. Dans cette étude, les données sont indépendantes du genre ou des comorbidités spécifiques.

Pour les auteurs, ces observations sont une étape importante dans la compréhension de la physiopathologie du Covid long, et des mécanismes qui pourraient « connecter » la maladie et sa forme prolongée. Elles suggèrent fortement la persistance du SARS-CoV-2 dans les muqueuses, particulièrement les muqueuses gastro-intestinales et pourraient ouvrir la voie à la mise au point de tests permettant de confirmer le diagnostic clinique de Covid long et pourraient servir de base à des traitements antiviraux non encore testés dansacette indication.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Santa Cruz A et coll. : Post-acute sequelae of COVID-19 is characterized by diminished peripheral CD8+β7 integrin+ T cells and anti-SARS-CoV-2 IgA response. Nat Commun. 2023;14(1):1772. doi: 10.1038/s41467-023-37368-1.

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