Ce qu’on aimerait savoir sur le risque de réinfection après une Covid-19

En dépit de progrès constants en immunologie, il demeure incertain de désigner quels sont les sujets effectivement protégés après une infection à SARS-CoV-2. Le dosage des anticorps dans le sérum peut s’avérer utile mais, à ce jour, le lien entre taux sérique et protection anti infectieuse est mal établi, tant en termes de durée que d’intensité. Une revue récente a tenté de déterminer la valeur potentielle du dosage des anticorps, de le corréler à la protection contre une nouvelle infection après une première atteinte par le SARS-CoV-2 et d’évaluer les facteurs sous tendant cette protection. Pour cette revue systématique toutes les études contrôlées longitudinales publiées avant le 22 Septembre 2021, ont été colligées après recherche dans MEDLINE (Ovid), les World Health Organization Global Litterature Database, Clinical Trials.gov, etc…Ont été inclus les travaux longitudinaux ayant comparé le risque de réinfection après infection documentée à SARS-CoV-2 (cohorte « positive ») avec celui d’infection nouvelle chez des sujets non infectés antérieurement (cohorte « négative »). Deux investigateurs ont extrait les données des publications retenues et en ont apprécié la pertinence. L’analyse a concerné également l’impact des nouveaux variants.

Sur 635 citations retrouvées dans les banques de données, 16 études de cohorte ont été retenues pour l’analyse, qui avaient quantifié le risque de réinfection chez des sujets ayant préalablement été atteints de Covid-19, vs le risque observé chez des sujets non infectés antérieurement. Toutes avaient été menées en 2020, aux USA, en Europe et au Moyen-Orient. Elles étaient terminées lors de l’émergence des variants Delta et Omega et avant le déploiement de la vaccination. Neuf sur les 16 ont eu recours au taux d’anticorps pour déterminer les sujets des cohortes « positive » et « négative ». Trois autres ont utilisé la combinaison taux d’anticorps et résultats d’un test PCR, les dernières se basant uniquement sur les résultats des tests PCR.

Un taux de réinfection très faible

Dans toutes ces études, le taux de réinfection a été très faible, compris entre 0,0 et 2,2 %. La méta-analyse révèle qu’une infection antérieure réduit le risque de nouvelle infection symptomatique de 87 % (intervalle de confiance à 95 % IC : 84- 90 %), comparativement à l’absence d’infection préalable. Le taux de protection des professionnels de santé apparaît identique à celui de la population générale, respectivement 87 et 88 %. De façon plus précise, la différence de risque est calculée à -0,043 (IC : - 0,07 à – 0,01) pour la population générale (soit de 4,3 infections pour 100 individus). Elle est, également, de –0,043 (IC : - 0,069 à – 0,016) pour les professionnels de santé, de –0,099 (IC : - 0,107 à – 0,090) chez les collégiens et de – 0,266 (IC : - 0,449 à – 0,083) pour les résidents âgés en établissement de soins. Dans 12 études ayant rapporté le pourcentage de réinfections asymptomatiques, le degré de protection apparaissait moindre que pour celui des réinfections symptomatiques, aux alentours de 52 % du réduction du risque selon une étude anglaise ayant porté sur des professionnels de santé. Dans toutes les publications retenues, la survenue d’une réinfection sévère a été très rarement observée.

La protection dure au moins 7 mois

Huit publications, ayant inclus près de 9 millions de participants, dont 80 206 sujets exposés et 9 696 466 contrôles, ont tenté de préciser l’évolution du risque de surinfection en fonction du temps écoulé après la première infection à Covid 19. Il n’a été retrouvé aucune baisse de la protection après 6 à 13 mois de suivi, 2 études rapportant même une hausse de la protection avec le temps... Le risque était identique pour les hommes et les femmes. Aucune étude n’a porté avec précision sur le rôle d’une immunodépression antérieure ou sur l’association à d’importantes comorbidités. L’âge semble peu intervenir, les adultes jeunes présentant globalement le même risque de réinfection que des sujets plus âgés. Les résultats sont toutefois très variables selon les publications, certaines rapportant en effet un taux de réinfection plus élevé lorsque l’âge est plus avancé. De même, les données concernant l’importance de la protection en fonction de la sévérité de l’infection initiale sont très limitées, sans relation clairement établie. Lors de l’étude, seul le variant Alpha (B1. 1. 7) était en cause et donc on ne dispose que de peu d’informations sur la protection offerte après infection au variant Delta (B1.617. 2). Quant au variant Omicron, plus récent, des résultats préliminaires semblent démontrer une protection plus faible pour les formes légères de surinfection, celle contre les formes graves restant, à priori, inchangée.

La question du dosage des anticorps

En résumé, l’immunité acquise lors d’une première infection à SARS-CoV-2 amène à un risque nettement réduit de voir survenir une nouvelle infection avec la souche sauvage et son variant Alpha, la baisse étant de 84 à 90 % dans les 7 mois suivants l’infection initiale (preuve forte). L’effet protecteur tend à s’atténuer par la suite au fil du temps. Il pourrait être réduit avec l’émergence des nouveaux variants. Concernant la protection contre les infections secondaires asymptomatiques, elle semble réelle mais les données manquent car on ne dispose pas de méthodes adéquates pour les dépister. Le dosage des anticorps a été proposé comme possible marqueur témoignant de la protection anti infectieuse chez les individus ayant eu un premier dosage nul et s’étant positivés secondairement. Des travaux sont en cours pour définir l’utilité du dosage des anticorps en pratique clinique de base. Ils devront aussi établir le degré de protection chez les patients immunodéprimés.

Ce travail a des limites importantes. Il a été impossible, dans les populations ciblées, de s’assurer que tous les individus infectés avaient bien été identifiés, d’où des erreurs possibles de classification. Le suivi a pu aussi être aléatoire et des facteurs comportementaux majeurs non intégrés. En outre, ces résultats ne permettent pas de comparer le niveau de protection faisant suite à une première infection vs celui apporté par la vaccination. Ils ne prouvent pas que l’immunité post infectieuse soit plus durable et/ou plus forte que celle post vaccinale. Toutefois, ils permettent de dire avec certitude que l’immunité suivant une première infection à SARS-CoV-2  par souche sauvage ou  son variant Alpha est bien réelle, durant au moins 7 mois.

Dr Pierre Margent

Référence
Helfand M et coll. : Risk for Reinfection After SARS-CoV-2. A living Rapid Review for American College of Physicians Practice Points on the Role of Anti body Response in Conferring Immunity Following SARS-CoV-2 Infection. Ann Intern Medecine. April 2022.

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Vos réactions (2)

  • Sept mois et encore ?

    Le 15 mai 2022

    Doit-on appeler cela un vaccin ?

    Huit publications, ayant inclus près de 9 millions de participants, dont 80 206 sujets exposés et 9 696 466 contrôles, ont tenté de préciser l’évolution du risque de surinfection en fonction du temps écoulé après la première infection à Covid 19. Il n’a été retrouvé aucune baisse de la protection après 6 à 13 mois de suivi, 2 études rapportant même une hausse de la protection avec le temps.

    Etudes avec le variant D Avec la survenue des variants, cela ne sera même pas 7 mois !

    Alors que la majorité de nos eurodéputés acquiescent aux diktats à Bruxelles ou Strasbourg, oubliant de nous donner des nouvelles des méfaits que concocte le Parlement une député qui se remarque et nous informe régulièrement des mesures liberticides, des détournements de fonds et opacités financières de madame URSULA Von der Layen. Pourtant médecin elle-même !

    Voyons les commandes de vaccins, très majoritairement de marque Pfizer. Big Pharma a acheté l'achat de quatre milliards de doses alors qu'il existe un nombre colossal de doses périmées, un gaspillage a minima de 250 millions de doses.

    Le CA de Pfizer a augmenté de 77 % ! Les stocks explosent. Ursula a acheté 12 milliards de doses pour 2021 et le double pour 2022.

    Dr JD

  • Sept mois et encore ? Et revoilà le virus comme les grippes

    Le 16 mai 2022

    Doit-on appeler cela un vaccin ?

    Selon plusieurs sources, les variants, et particulièrement Omicron, augmentent le risque de tomber à nouveau malade. Une étude de l’Imperial College de Londres estime en effet que le risque de réinfection avec Omicron est 5,4 fois plus élevé qu’avec le variant Delta.

    Si cela est avéré ce virus est-il tout aussi peu dangereux ?

    Après une infection avec Omicron, la protection obtenue contre une réinfection ne serait que de 19%, contre 90% avec le variant Delta, par exemple. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la spécificité d'Omicron.

    Ce ne serait qu'une explication parmi d'autres !

    Dr JD

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