Combien de temps dort-on après 50 ans ?

La durée du sommeil influe sur la qualité de vie, mais sa qualité est tout aussi importante. Nombreuses sont les études à s’être penchées sur la question et leur passage en revue a des vertus soporifiques qui interfèrent avec leur décryptage. A cette vaste base de données s’ajoute une étude irlandaise dont l’objectif n’est pas des plus complexes. De fait, il s’est agi de mesurer objectivement le temps passé dans les bras de Morphée chez des plus de 50 ans, équipés d’un accéléromètre porté au poignet du type GENEActiv pendant au moins quatre jours. Un tel dispositif permet d’évaluer la durée totale du sommeil (DTS) dans les conditions de vie habituelles, au domicile, sans interférer avec le paramètre mesuré.

Des gros et des petits dormeurs

L’étude transversale qui s’inscrit dans l’Irish Longitudinal Study on Ageing a inclus 1 533 participants des deux sexes vivant au sein de la communauté. Ces derniers ont fait part d’éventuelles difficultés dans leur sommeil, quelle que soit leur type : endormissement, réveils fréquent, insomnie etc. La DTS a permis de repérer deux catégories extrêmes selon les recommandations de la National Sleep Foundation étatsunienne, en gros les gros dormeurs versus les petits. Le traitement des données a reposé sur des modèles de régression logistique multinomiale et linéaire qui ont pris en compte les paramètres sociodémographiques, l’état de santé et les comportements susceptibles d’influer sur la durée du sommeil.

Au total, la valeur moyenne de la DTS a été ainsi estimée à 463 ±72,6 minutes. Les petits dormeurs représentaient 13,9 % des participants, les gros dormeurs 16,5 %. La DTS a été inversement corrélée aux problèmes de sommeil évoqués par les sujets et elle s’est avérée par ailleurs plus brève en été qu’en hiver, rien de surprenant. La DTS a été positivement corrélée à l’âge, tout en étant plus longue en cas d’exposition aux antidépresseurs, mais aussi chez les participants retraités ou chômeurs, comparativement aux actifs. C’est l’inverse qui a été constaté chez les sujets qui ont jugé leur état de santé médiocre ou moyen, mais aussi chez ceux tombant dans la catégorie fatidique des séparés/divorcés, les mal-aimés de Morphée. Une activité physique considérée comme modérée ou élevée par le sujet lui-même a été associée à une DTS située dans l’intervalle de normalité définie dans cette étude : autrement dit, moins de petits ou de gros dormeurs dans ce cas, comparativement à ceux faisant état d’une faible activité physique, voire d’une sédentarité. L’existence d’un handicap quel qu’il soit a été, pour sa part, associé à une DTS « normale » ou plus brève.

No scoop

Cette étude transversale n’apporte pas de scoop. Elle a néanmoins le mérite d’avoir procédé à une évaluation objective de la durée du sommeil chez les plus de 50 ans, dans les conditions de la vie courante, loin de tout laboratoire ou de tout artifice propre à interférer gravement avec les résultats des mesures. De fait, elle vérifie que, dans cette tranche d’âge, la durée du sommeil chez plus de 70 % des patients s’inscrit dans des valeurs intermédiaires jugées satisfaisantes si l’on se réfère aux recommandations de la National Sleep Foundation. Il n’en reste pas moins que les autres- près d’un sujet sur trois- sortent de cette zone de confort, le plus souvent du fait d’une situation personnelle qui peut laisser à désirer, qu’il s’agisse d’un état de santé défaillant, d’un divorce, d’une séparation, d’une dépression etc. La liste est longue, tant il est vrai que la qualité et la quantité en matière de sommeil sont tributaires d’une foule de variables ou de facteurs de risque indépendants, au demeurant modifiables.

Il appartient aux études longitudinales de faire la part des choses en précisant parmi ces dernières, lesquelles ont le plus d’effet sur la DTS et dans quel sens… Il reste du pain sur la planche, en dépit de toutes les données d’ores et déjà accumulées, dont beaucoup sont loin d’être de premier ordre.

Dr Philippe Tellier

Référence
Scarlett S et coll. : Objective Sleep Duration in Older Adults: Results From The Irish Longitudinal Study on Ageing. J Am Geriatr Soc., 2020; 68(1): 120-128. doi: 10.1111/jgs.16177

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Vos réactions (1)

  • L'heure de Dublin

    Le 15 février 2020

    Il y a une certaine difficulté à transposer des résultats sur la durée et la qualité de sommeil obtenus avec des patients d'un autre pays. En Irlande, l'heure légale est assez proche de l'heure vraie. Ce n'est pas le cas de la France. Les Français qui vivent à la longitude de Dublin voient le soleil se lever et se coucher une heure plus tard à leur montre, été comme hiver.

    JP Moreau, biologiste en retraite

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