Combien de tests positifs après trois doses de vaccin Pfizer ? (versus 2)

Tant dans de nombreux essais cliniques qu’en pratique quotidienne, l’efficacité, à court terme, d’une 2e dose de vaccin ARN m BNT 162b2 (Pfizer-BioNTech) a été amplement démontrée. Le bénéfice, plus à distance, reste mal précisé d’autant qu’il existe des preuves d’une baisse de l’immunité avec le temps, avec une diminution du taux d’anticorps et donc de la protection contre la Covid-19. En Israël, une 3e campagne nationale de vaccination de rappel, a été initiée le 1er Aout 2021, visant en priorité les populations à haut risque et les personnes de plus de 30 ans. Les recommandations classiques préconisaient de respecter un délai minimum d’au moins 5 mois après la seconde dose avant d’effectuer la dose de rappel et de cibler en priorité les personnes les plus âgées. Le 4 Octobre 2021, plus de 3,6 millions d’israéliens avaient déjà reçu leur 3e injection.

Tal Patalon et collaborateurs ont mené un travail préliminaire rétrospectif visant à évaluer l’effet protecteur additionnel, à court terme, d’une 3e dose de rappel du vaccin Pfizer, comparativement à l’administration de deux doses. Les participants figurent dans la base de données du Maccabi Healthcare Services (MHS), organisme israélien de santé ayant plus de 2,5 millions d’adhérents. Les auteurs de l’étude ont eu recours à 2 approches différentes afin d’évaluer le bénéfice potentiel d’une 3e dose vaccinale sur la diminution du risque d’infection à SARS-CoV-2 : un modèle à tests négatifs et un modèle de cas contrôle appariés. La période d’étude va du 4 Août au 4 Octobre 2021. Seuls ont été inclus ceux ayant reçu leur 2e dose vaccinale 150 jours au moins avant l’injection de rappel. Les critères d’exclusion étaient le fait de sujets non adhérents au MHS ou testés positifs au Covid-19 par test PCR avant le début de la période de suivi. De nombreuses données ont été prises en compte : âge, sexe, statut socio-économique, localisation géographique des participants ainsi que l’indice de masse corporelle et les principales comorbidités. L’analyse statistique principale a reposé sur le modèle à tests négatifs comportant la notification des cas avec résultat positif au test PCR pour le SARS-CoV-2, les cas contrôle étant ceux restés négatifs. Ces derniers pouvaient avoir effectué durant la période de suivi plusieurs tests mais étaient exclus dès qu’ils présentaient un test positif. La seconde analyse a été réalisée sur le modèle des cas-contrôle appariés, les cas retenus étant ceux à PCR positive après le 1er Août 2021, qui n’avaient jamais été positifs antérieurement, âgés d’au moins 40 ans et ayant reçu au moins 2 doses de vaccin.

6,6 % de tests positifs après deux doses, 1,8 % après trois doses

Du 1er Aout au 4 Octobre 2021, 500 232 tests PCR ont été effectués parmi 306 710 membres du MHS. Il y avait, parmi eux, 55 % de femmes. Au total, 227 380 tests ont été pratiqués chez des participants ayant eu 2 injections, dont 14 989 résultats positifs, soit 6,6 %. En comparaison, 272 852 tests ont été faits après la 3e dose vaccinale, avec 4 941 résultats positifs, soit 1,8 %. Le pourcentage de positivité est donc plus élevé chez les individus n’ayant pas eu une 3e dose de rappel et minimum chez ceux dont le rappel a été effectué au moins 2 semaines avant le test. L’efficacité de la 3e dose de rappel, en comparaison avec 2 doses, s’accroît avec les jours qui passent. La baisse de positivité des tests est seulement de 12 % (intervalle de confiance à 95 % IC : 8-17) dans la semaine suivant le rappel ; elle est de 58 % (IC : 56-61) du 7e au 13e jour post vaccinal pour culminer à 85 % (IC : 83- 86) du 14 au 20e jour.

Cette efficacité est constatée pour tous les participants, en présence ou non de comorbidités. L’analyse cas-contrôle donne des résultats identiques avec une réduction de positivité de 50 % (IC : 47-52) déjà constatée 6 jours après le rappel, de 71 % (IC : 69-72) de 7 à 13 jours, de 87 % (IC : 85-88) et de 83 % (IC : 82- 89) plus tardivement. Un impact positif est aussi noté pour les hospitalisations. On remarqua une baisse de ces dernières de 92 à 97 % après le 14e jour suivant l’injection de rappel, vs 2 injections, soulignant par là même l’efficacité de la vaccination et la rapidité de la réponse immune.

Diminution du taux de positivité des tests de 83 % à 87 % avec une 3e dose par rapport à deux

Ce travail démontre ainsi qu’une 3e dose de vaccin m ARN BNT 16b2 entraine une protection additionnelle contre les infections à SARS-CoV-2. Grâce à des tests cas contrôle négatifs et à des analyses appariées, il est possible d’estimer la réduction de positivité des tests PCR entre 83 et 87 %, 2 semaines après l’administration de la 3e dose vs 2 injections. Il est aussi noté une baisse des infections à Covid-19 et des hospitalisations, baisse manifeste en apparence dès la première semaine, alors même que le vaccin n’a pas encore agi complètement (biais possible ?). Cependant il s’agit d’un travail préliminaire et à très court terme et donc l’efficacité de la revaccination se doit d’être appréciée plus à distance. Les limitations méthodologiques tiennent à sa nature observationnelle. Les patients avec maladies chroniques ont été prioritaires pour le rappel vaccinal. Enfin, il faut signaler que, durant ce travail, c’est le variant Delta qui était la souche virale dominante en Israël et que l’ignore l’efficacité potentielle de la vaccination envers d’autres souches de SARS-2 dont le variant qui nous occupe depuis la publication de cet article…le désormais célèbre Omicron.

En résumé, de cette étude cas-contrôle, il ressort que l’administration d’une 3° dose de vaccin BNT 162b2 est associée à un moindre taux d’infection à SARS-CoV-2 et d’hospitalisation pour COVID-19.L’ immunité tend toutefois à s’affaiblir et une surveillance ultérieure de la population reste impérative pour déterminer la durée d’efficacité après une 3° dose vaccinale.

Dr Pierre Margent

Référence
Palaton T et coll. : Odds of Testing Positive for SARS-CoV-2 Following Receipt of 3 vs 2 Doses of the BNT 162b2 mRNA Vaccine. JAMA Intern Med, 2021 ; publication avancée en ligne le 30 novembre. doi: 10.1001/jamainternmed.2021.7382.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Dommage...

    Le 31 décembre 2021

    Dommage une belle étude...pour le variant delta.
    L'omicron change la donne.
    Aux dernières nouvelles, plus contagieux mais moins sévère.
    Faudra il attraper ce gros rhume (semble t-il) et rebooster naturellement ses défenses immunitaires plutôt que de s'injecter un nouvelle dose ?
    Pas de 4eme dose en Israël, c'est donc peut être la solution...

  • Positifs vaccinés x2 versus x3 étude rétrospective

    Le 01 janvier 2022

    Lors d'un suivi, les "pourcentages" correspondent à des taux incidents, avec une durée (de suivi) aux dénominateurs, durées que je n'ai pas vues dans ce résumé. En revanche j'ai vu des mots comme "efficacité" "impact" qui sous entendent la nature causale de l'association, alors qu'il s'agit seulement d'une observation. "Post hoc ergo propter hoc" a encore frappé !

    Dr Jacques Beau

  • Étude non significative car réalisée avant l'émergence d'Omicron.

    Le 01 janvier 2022

    Concernant la protection vaccinale contre la transmission, la réalité en Angleterre a l'air moins optimiste : "...Les absences du personnel hospitalier dues au Covid-19 ont presque doublé en un mois..." (1, 2).

    C'est dans ce contexte de la transmissibilité accrue du variant Omicron que les organisations représentant le personnel médical en Angleterre demandent des masques respiratoires filtrants (FFP3), sans faire distinction entre les "soins normaux" et les "procédures génératrices d'aérosols" ; distinction qu'elles jugent "artificielle" (3).

    1. https://www.lefigaro.fr/sciences/covid-19-plus-d-un-million-de-cas-quotidiens-20211231
    2. https://www.england.nhs.uk/statistics/statistical-work-areas/uec-sitrep/urgent-and-emergency-care-daily-situation-reports-2021-22/
    3. https://www.bmj.com/content/375/bmj.n3162

    Dr Johannes Hambura

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article