Comment prédire le risque d’HIC après une chute du sujet âgé ?

Les chutes chez le sujet âgé volontiers traumatisantes sont monnaie courante. Le traumatisme crânien avec ou sans perte de connaissance expose tout particulièrement à un risque élevé d’hématome intracrânien (HIC) et l’hématome sous-dural s’avère ici redoutable car il n’est pas rare de passer à côté du facteur déclenchant dont le patient n’a pas gardé le souvenir. Les modalités détaillées de la chute sont d’ailleurs oubliées ou passées sous silence. L’anamnèse est souvent décevante a fortiori quand il existe de troubles cognitifs, un syndrome confusionnel ou encore une démence, pour ne citer que quelques exemples. Dans ces conditions, à quels signes se vouer pour identifier les sujets à risque élevé d’HIC ?

Près de 1 800 sujets âgés, tous victimes d’une chute récente

C’est à cette question que répond une étude de cohorte prospective Canadienne  dans laquelle ont été initialement inclus 2 176 sujets âgés (> 65 ans). Tous avaient en commun le fait d’avoir transité par un service d’urgences en raison d’une chute récente (<48 heures) avec les critères suivants : contact brutal avec le sol, chute du lit ou d’une chaise ou encore aux toilettes, dégringolade d’au moins une ou deux marches en empruntant un escalier… Ces critères ont réduit le nombre de participants à  1 753 sujets (âge médian=82 ans ; sexe masculin : 39 %).

Les médecins urgentistes qui ont reçu ces patients ont recueilli des signes cliniques prédéfinis et les ont mentionnés dans l’observation médicale initiale. Le critère de jugement primaire a été la survenue d’un HIC diagnostiqué par un scanner cérébral effectué en urgence ou dans les 42 jours qui ont suivi. Les associations entre les données cliniques initiales et l’HIC ont été évaluées au moyen d’une analyse multivariée par régression logistique. Un traitement antiagrégant ou anticoagulant pris à la période de la chute a été relevé chez, respectivement,  39 % et 25 % des patients.

HIC : une incidence de 5 %

Un HIC est survenu dans 88 cas (5 % ; intervalle de confiance à 95 % [IC] = 4,1-6,1). Le diagnostic a été posé lors du bilan initial chez 76 patients et, ultérieurement, au cours du suivi chez les 12 patients restants. Sur la base d’une approche cas témoins, quatre variables cliniques ou biologiques ont été associées au risque d’HIC, indépendamment des autres variables :
  • Signes neurologiques plus ou moins caractéristiques et nouveaux par rapport à l’état basal (odds ratio ou OR = 4,4; IC 95 % = 2,4-8,1)
  • Présence de bleus ou de lacérations superficielles à l’examen clinique du crâne y compris le massif facial (OR = 4,3; IC 95 % = 2,7-7,0)
  • Insuffisance rénale chronique connue ou biologiquement confirmée  (OR = 2,4; IC 95 % = 1,3-4,6)
  • Score de Glasgow propre à l’évaluation des comas post-traumatiques un tant soit peu anormal (OR=1,9 ; IC 95 %=1,0-3,4)
En revanche aucune association significative n’a impliqué l’exposition aux antiagrégants plaquettaires ou encore aux anticoagulants.

L’incidence de l’HIC au sein de cette cohorte conséquente  a été estimée à 5 %. Un chiffre qui caractérise des chutes bien définies et potentiellement sérieuses du fait de leurs circonstances et de leurs modalités, justifiant par ailleurs un passage par les urgences. Le plus souvent, le diagnostic a été posé dès ce stade grâce à un scanner cérébral. Quatre variables simples lui ont été associées : les signes neurologiques d’emblée présents, les plaies ou bosses intéressant le crâne, la notion d’insuffisance rénale chronique et les troubles de la vigilance attestés par le score de Glascow. Contrairement à toute attente, l’exposition aux antiagrégants ou aux anticoagulants n’a pas été impliquée dans le risque d’HIC.

Dr Philippe Tellier

Référence
De Wit K. et coll. : Clinical Predictors of Intracranial Bleeding in Older Adults Who Have Fallen: A Cohort Study. J Am Geriatr Soc. 2020 ;68(5):970-976. doi: 10.1111/jgs.16338.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article