Confirmation de la supériorité du test HPV pour dépister le cancer du col dans le monde réel

Dans le cadre du dépistage du cancer du col de l’utérus, c’est la détection des papillomavirus (HPV) qui est recommandée en première intention chez les femmes de 30 à 65 ans dans de nombreux pays occidentaux. Il y a pléthore de tests sur le marché et il convient de privilégier ceux qui ont été cliniquement validés en recourant à des standards internationaux.

Cette stratégie de détection qui entre en concurrence avec la cytologie mérite d’être évaluée dans le monde réel et c’est là l’objectif d’une étude danoise pilote.

Confrontation entre cytologie et test HPV en première intention

Entre mai 2017 et octobre 2018, au sein de l’hôpital de Vejle, ville du Danemark dans le sud de la péninsule du Jutland, le dépistage du cancer du col de l’utérus s’est effectué selon deux protocoles utilisés par des groupes parallèles : (1) détection primaire des HPV 16/18 ou d’autres HPV à haut risque (n = 16 067) ; (2) cytologie en première intention (n = 23 981).
 
Dans le groupe HPV, la mise en évidence des virus HPV 16/18 ou des autres virus à haut risque et une cytologie anormale ont débouché sur une colposcopie immédiate. La détection de virus à haut risque autres que HPV16/18, associée à une cytologie normale a conduit à répéter le test HPV et la cytologie 12 mois plus tard. Un registre anatomopathologique national a permis de recueillir toutes les informations inhérentes à ce dépistage ainsi que les diagnostics histopathologiques posés dans les 2,9 années qui ont suivi le bilan initial.

Dans le groupe HPV, une colposcopie immédiate a été réalisée chez 3,7 % des participantes et un nouveau bilan pratiqué 12 mois plus tard dans 2,8 % des cas. Le recours à la colposcopie a été globalement plus fréquent dans le groupe HPV, soit 6,6 % versus 2,1 % dans l’autre groupe : elle a été un peu plus de trois fois plus souvent pratiquée, le risque relatif ajusté en fonction de l’âge (RRA) étant en effet de 3,05 intervalle de confiance [IC] à 95 % 2,75-3,38).

Le problème des colposcopies inutiles

Le taux de détection de lésions cervicales du type CIN3+ a été plus élevé dans le groupe HPV (1,5 %) que dans l’autre groupe (0,8 %), ce qui conduit à un RRA de 1,88 (IC 95 % 1,56-2,28). La probabilité de découvrir un CIN3+ à la colposcopie au cours du suivi a été moindre dans le groupe HPV, soit 21,1 % (IC 95 % 18,7 %-23,7 %) que dans l’autre groupe (34,6 % ; IC 95 % 30,7 %-38,9 %). La même tendance a été observée dans le groupe HPV lors du dépistage de contrôle, soit 12,1 % versus 27,8 % en cas de colposcopie immédiate.

Cette étude de cohorte menée dans le monde réel au sein d’un effectif conséquent montre que le dépistage reposant sur le test HPV en première intention permet de quasiment doubler le taux de détection des lésions cervicales de haut grade du type CIN3+, comparativement à la cytologie isolée. Le prix à payer pour cette performance, c’est trois plus de colposcopies dont toutes ne sont pas forcément nécessaires. Si cette étude plaide résolument en faveur la méthode la plus sensible dans ce dépistage, elle n’en souligne pas moins le besoin de revoir certains algorithmes afin de diminuer le nombre des colposcopies inutiles.

Dr Philippe Tellier

Référence
Thomsen LT et coll. : Benefits and potential harms of human papillomavirus (HPV)-based cervical cancer screening: A real-world comparison of HPV testing versus cytology. Acta Obstet Gynecol Scand. 2021;100(3):394-402. doi: 10.1111/aogs.14121.

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