Covid-19 : à qui profite la recherche ?

Le prix payé à la Covid-19 n’est pas le même pour tous. Les données recueillies jusqu’à présent montrent que l’âge, le sexe masculin, l’obésité, les comorbidités et la pauvreté ont été associés à un plus lourd tribut. Il apparaît aussi que l’origine ethnique est un facteur d’inégalité devant la pandémie. Les personnes noires, les asiatiques, les ethnies minoritaires au Royaume-Uni, les Noirs, Hispaniques, et les Amérindiens aux Etats-Unis, ont été beaucoup plus souvent concernés par des formes sévères compliquées ou par les décès.

Les groupes BAME, davantage touchés par les formes sévères de Covid-19

Au Royaume-Uni, une étude récente montre que 33 % des patients en soins intensifs avec un diagnostic confirmé de Covid-19 appartenaient aux groupes « BAME » (Black, Asian and Minority Ethnic). Ils ne constituent pourtant que 13 % de la population du pays. Aux Etats-Unis, les personnes noires, qui constituent 13,4 % de la population, ont représenté, selon les états, entre 28 % et 70,5 % des décès par Covid-19. Le risque d’infection dans les communautés à prédominance noire y est environ 3 fois supérieur à celui des communautés à prédominance blanche.

Au Nouveau Mexique, 37 % des cas confirmés sont survenus chez les amérindiens, qui comptent pour 11 % de la population. Ces différences se constatent aussi au sein des équipes médicales. Les groupes BAME fournissent 21 % des équipes soignantes au Royaume-Uni, mais ont compté pour 63 % des décès par Covid-19 parmi les professionnels de santé. Aux Etats-Unis, 5 % des médecins et 10 % des infirmières sont noirs, mais ont constitué 21 % des cas de Covid-19 chez les professionnels de santé. La contribution de différents facteurs, connus ou non, à ces inégalités, n’a pas encore été évaluée.

Il faut inclure des patients issus des minorités ethniques dans les essais thérapeutiques

Actuellement, de nombreux travaux sont en cours, concernant la prise en charge de la Covid-19, parmi lesquels des essais randomisés pour des traitements ou des vaccins, mais aussi des études observationnelles ou autres. Dans un éditorial du Lancet, les auteurs plaident pour que ces recherches intègrent des patients représentatifs de ces groupes, minoritaires d’un point de vue ethnique, mais majoritaires quant au tribut versé à la pandémie. Ils se montrent toutefois assez pessimistes, ces différents groupes ethniques étant sous-représentés dans la recherche en général. C’est pour le moment aussi le cas dans la recherche sur la Covid-19. Si ce changement ne se fait pas, les résultats des recherches ne pourront pas profiter à toute la population.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Treweek S et coll. : COVID-19 and ethnicity: who will research results apply to ? Lancet 2020, publication avancée en ligne le 12 juin. doi.org/10.1016/S0140-6736(20)31380-5

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Vos réactions (2)

  • Recherche impossible

    Le 19 juin 2020

    Recherche impossible en France où préciser les origines ethniques est interdit: c'est considéré comme discriminatoire et raciste. Impossible aussi de croiser les données socio-professionnelles de l'insee avec les données santé.
    Tant pis pour la recherche et la santé.

    Dr Isabelle Gautier

  • Réaction à la remarque précédente

    Le 23 juin 2020

    C'est peut-être interdit en France dans le choix explicite des sujets (vraiment?), mais l'origine ethnique (comme le genre) doivent pouvoir être inclus dans les études à analyse factorielle multiple, me semble-t-il, non ? Justement afin d'explorer la pertinence de cette distinction parmi d'autres facteurs comme le niveau de ressources, les habitudes de distances interpersonnelles, alimentaires, l'accès aux soins etc. Par contre dans la manière de restituer ces informations il est certain que cela nécessite beaucoup de prudence...

    Cécile Dessoubrais
    Neuropsychologue

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