Covid-19 de l’enfant : excrétion virale prolongée dans les formes symptomatiques

Les manifestations cliniques de l’infection pédiatrique par SARS-CoV-2 sont classées en asymptomatiques et bénignes, pneumonie symptomatique habituelle ou sévère et formes critiques. Les enfants ont habituellement une évolution bénigne. Les informations sur le temps de portage du virus concernent les formes les plus sévères mais manquent pour les autres manifestations. D’autre part, on sait que les charges virales les plus élevées s’observent au début de l’infection mais les études sur le temps de portage du germe sont relativement rares.

Des pédiatres de Wuhan ont suivi 110 enfants hospitalisés pour une forme bénigne ou une pneumonie entre le 10/01 et le 10/03/2020. Chez tous l’infection par SARS-CoV-2 a été confirmée par RT-PCR sur le prélèvement de gorge et ils sont sortis de l’hôpital guéris. La sortie a été décidée après deux prélèvements négatifs avec un intervalle de plus de 24 h. Dans les cas symptomatiques, le temps de portage du germe a été estimé du début de la maladie à la sortie de l’hôpital et chez les enfants isolés asymptomatiques à partir de la date de la dernière exposition ou de la radio pulmonaire anormale, motif de l’isolement.

Temps médian d’excrétion virale de 15 jours

Parmi les 110 patients, 81 (73,6 %) étaient symptomatiques et 29 (26,4 %) asymptomatiques. Leur âge médian était de 6 ans (2 mois à 15 ans) et le sexe ratio garçons/filles de 1,2/1. Les symptômes les plus courants étaient la toux et la dyspnée (51,8 %), la fièvre (50,9 %) et 26 (23,6 %) avaient des symptômes digestifs. Tous les enfants ont reçu un traitement antiviral, la plus souvent interféron α en nébulisations ; aucun n’a été sous oxygène. Les résultats des examens biologiques n’avaient aucune spécificité : élévation légère et inconstante du nombre des leucocytes, de la CRP et du taux de procalcitonine, ou au contraire baisse modérée des leucocytes, du rapport CD4/CD8 et des lymphocytes NK.

Le temps médian d’excrétion virale a été de 15 jours (écart interquartile 11-20 jours). Ce temps était plus court chez les patients asymptomatiques que chez les symptomatiques : 11 jours (9-13) vs 17 jours (12-23, P<0,001). Les analyses de régression à variables multiples ont montré que les risques d’une forme symptomatique était plus élevé avant 6 ans (odds ratio OR 8,94, intervalle de confiance à 95 % IC 2,55-31,35 P=0,001), en cas d’élévation de la CRP ultra-sensible >3 mg/L (OR 4,89 IC 1,10-21,75 P=0,037) et de l’existence de signes pulmonaires radiologiques (OR 8,45 IC 2,69-26,61, P<0,001). L’estimation selon la méthode de Kaplan Meier a montré que les durées d’excrétion virale les plus prolongées étaient observées en cas d’infection symptomatique (P < 0,001), de fièvre (P=0,006), de pneumonie (P = 0,003) et de taux de lymphocytes inférieur à 2 000/mm3 (P = 0,008).

En conclusion, une durée prolongée d’excrétion virale s’observe au cours des infections symptomatiques, en cas de fièvre, de pneumonie et de baisse du taux des lymphocytes inférieur à 2 000/mm3. L’observation de ces symptômes permet de prévoir la durée de l’excrétion virale.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Lu Y et coll. : Symptomatic infection is associated with prolonged duration of viral shedding in mild coronavirus disease 2019: a retrospective study of 110 children in Wuhan. Pediatr Infect Dis J., 2020; 39:e95-e99

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